Mais qu’est devenu le combat antiraciste ?
Par Sarah le vendredi 9 décembre 2011, 19:31 - Mes billets d'humeur - Lien permanent
Le MRAX va mal. Depuis un certain temps, certes. Depuis trop longtemps sans doute.
Conflit social à répétition opposant travailleurs et direction, divergences de vision et de priorités entre plusieurs tendances, claquement de portes d’anciens,… Jusque là, pas de quoi ébranler un parlement…
Pour qu’elles mènent à bien leurs missions, notamment de contre-pouvoir, il importe en effet de préserver l’indépendance politique des associations, même des associations qui reçoivent des subsides, tant que la transparence sur l’usage de ces subsides est effective et qu’elle ne démontre pas un mauvais usage de ces deniers publics. Le politique n’a donc pas à interférer sur les débats internes à une association.
Si on s’en tient à ce principe, on pourrait dire que le débat est clos, mais les signaux qui viennent depuis plusieurs mois maintenant semblent démontrer qu’au-delà d’un conflit social et qu’au-delà de divergences de visions, s’accroit un réel dysfonctionnement ne permettant plus à l’association de répondre correctement à ses missions.
Après une première enquête de la Communauté Française qui a conduit à la diminution des subsides d’éducation permanente, une enquête d’Actiris est en cours sur la mauvaise utilisation des contrats ACS.
Par ailleurs, la grogne monte aussi du côté du CA. Malgré le changement de président il y a quelques mois, la confiance est loin d’être rétablie. Bien au contraire, les dysfonctionnements pointés de ce côté-là à l'époque se confirment.
Le MRAX, l’association historique de combat contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie est-elle actuellement encore à-même de mener ses missions ?
Or on a besoin d'une association forte pour mener le combat antiraciste!
Au vu des signaux inquiétants que sont les actes racistes ou antisémites commis et relayés régulièrement par la presse, au vu des réflexes et dérives sécuritaires et de la normalisation de propos intolérants que certains donnent en réponse aux diverses crises économiques, sociales et démocratiques qui traversent l’Europe, il me paraît essentiel et urgent que celles et ceux qui travaillent au jour le jour dans la lutte contre le racisme soient les plus forts et crédibles possibles.
En disant cela, je sors évidemment de la réserve pourtant prônée plus haut sur l’indépendance totale du politique par rapport aux associations. Et en effet, je voudrais émettre quelques bémols à ce principe.
Tout d'abord, le politique seul ne combattra pas l’intolérance. Et donc en tant que politique, je ne peux que m’inquiéter de voir cette institution antiraciste historique sombrer de plus en plus bas dans des conflits qui n’ont rien à voir avec les missions de départ et dans des dysfonctionnements et pratiques pour le moins douteuses voire aux antithèses du projet démocratique défendu au départ.
Par ailleurs le silence dont ont fait preuve jusqu’à ce jour les partis progressistes, en raison de leur volonté de non immixtion dans le fonctionnement interne des associations laisse malheureusement la voie libre à d’autres représentants politiques qui n’hésitent pas à jeter le bébé avec l’eau du bain, à caricaturer le MRAX, à faire des amalgames populistes et à défendre une vision nettement moins progressiste de ce que doit être le combat antiraciste.
Le silence de ces partis est aussi problématique quand on sait que certains de leurs représentants, même si c’est à titre personnel, sont en fait très impliqués au MRAX et donc partie prenante d'une manière ou d'une autre dans le conflit.
Pour pouvoir faire la part des choses entre ces implications personnelles et le projet de combat antiraciste porté collectivement par les partis, il devient donc urgent que les partis politiques s'emparent du débat et se positionnent.
Il est aussi temps que soit sifflée la fin de la récré pour que les vrais enjeux de lutte contre le racisme ne soient plus délaissés.
En repartant du constat de la montée inquiétante des faits d’antisémitisme, d’islamophobie, d’homophobie et toutes autres formes de racisme, et de la nécessité d’avoir au moins une institution forte pour porter le combat antiraciste, quel rôle actif doivent jouer les politiques pour mettre sur pied ou pour soutenir les citoyens et le milieu associatif à la mise sur pied ou la remise en état d’une association forte, qu’elle s’appelle MRAX ou autre ?
Nous, partis politiques progressistes, nous devons nous poser ces questions et y apporter des réponses.
Pour ma part, je compte bien m’y atteler au sein de mon parti.
Commentaires
ton billet d'humeur, en ce qui me concerne, a tout d'abord le mérite de m'informer de la situation au MRAX que, bien que je connaisse depuis 35 ans ses objectifs et ses actions, j'avais un peu perdu de vue.
je suis d'accord avec tes mises en évidence, considérations et remarques et approuve ton "futur combat".
bien à toi,
danielle v d hende
Ce n'est pas le combat antiraciste qui pose problème au MRAX comme dans beaucoup d'associations. C'est l'éducation permanente comme objet, sujet et enjeu. Celle-ci n'est plus au centre, mais un moyen pour travailler, gagner sa vie et faire l'éloge de soi. Des résultats ? Pas besoin d'en disposer puisque l'idéologie fondant désormais l'éducation permanente n'est plus de défendre les victimes de l'ignorance et ses conséquences directes, le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie. C'est de défendre les chômeurs ayant trouvé du travail et ayant démontré dans ce travail leur incapacité, leur incompétence et leur inneficacité. La communauté française de belgique informe-t-elle encore les belges du sens et de la signification de l'éducation permanente ? Non. Elle se contente de donner de l'argent à ceux qui savent dans leurs associations faire des bons dossiers. Dommage !
" le silence dont ont fait preuve jusqu’à ce jour les partis progressistes, en raison de leur volonté de non immixtion dans le fonctionnement interne des associations laisse malheureusement la voie libre à d’autres représentants politiques ..."
Positionnement, franc-parler, remise en question; c'est rare chez un politique.
Leur silence permet à mes cercles associatifs, professionnels, privés ainsi qu' à moi même d'avoir une meilleure analyse des préoccupations des partis et des personnalités politiques, prêt à se compromettre avec n'importe, à accepter n'importe quoi pour quelques voix de plus aux éléctions.
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