Décidément, je ne choisis pas les sujets les plus faciles pour ce blog... Mais ce sont probablement ces questions complexes non simplifiables en un schéma binaire et rassurant qui m'intéressent le plus. Après les prisons, l'indépendance du Congo. J'étais invitée ce samedi à en discuter dans le cadre des deux journées d'ateliers et réflexions organisées par Synergie ChaCha (consortium d'associations belgo-congolaises). L'histoire coloniale et celle des indépendances, comme le droit à l'auto-détermination et à l'autonomie m'ont toujours passionnée, notamment dans le cadre de mon emploi précédent, dans la coopération au développement.

En quelques mots trop rapides, je souhaiterais l'aborder ici en évitant le double écueil du "sanglot de l'homme blanc" et du discours néocolonialiste, discours malheureusement en voie de résurgence. Souvenez-vous, par exemple du discours hallucinant de Nicolas Sarkozy à Dakar : "Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles." Ceci a bien été prononcé le 26 juillet 2007, et pas cent ans plus tôt.

Je voudrais ici insister sur un aspect de la question qui me paraît trop souvent ignoré, et dont témoigne probablement ces propos de Sarkozy: si, politiquement, l'époque coloniale est très largement terminée, dans bien d'autres domaines, on est encore loin du compte. Economiquement, les échanges sont encore très largement inégaux et maîtrisés par le Nord, et c'est en partie à cette inégalité persistante en matière de division du travail mondial que nous devons la richesse relative que nous connaissons. Industries extractives et productions des matières premières au Sud, connaissant des conditions de travail indécentes, et travail à haute valeur ajoutée au Nord. Culturellement, les flux Nord-Sud sont bien plus nombreux que les flux Sud-Nord et je ne suis pas tout à fait sûre que ce soit le meilleur de ce que nous produisons qui parvient, par exemple, dans les rues de Kinshasa. Enfin, et peut -être surtout, il me semble qu'intellectuellement, nous n'avons peut-être pas suffisamment interrogé les schémas mentaux qui ont rendu la colonisation possible, et qui survivent peut-être (encore une fois, il suffit de lire le discours de Sarkozy pour s'en convaincre). Intuitivement, j'aurais tendance à penser que les écologistes sont doublement bien placés pour mener ce travail. En premier lieu, parce que, par la force des choses, ils n'ont pas été mêlés à cette histoire. Deuxièmement parce que le point de vue critique qu'ils ont toujours adopté à l'égard de toute vision naïve, linéaire et unique du progrès, fait d'eux, peut-être plus que d'autres, des personnes décolonisées dans leur tête, capables d'un point de vue réflexif et critique sur l'histoire de leur pays, qui n'est pas celle de leur parti.

Pour terminer sur une note optimiste, il me semble qu'énormément d'actions pourraient contribuer à ce travail que j'appelle de mes voeux. Je n'en citerai qu'une : pourquoi ne pas tenter de faire écrire une histoire commune de la colonisation belge, par des universitaires belges et congolais?