Détention préventive? Une des questions à se poser dans le débat sécurité
Par Sarah le vendredi 28 mai 2010, 09:14 - Elections Fédérales 2010 - Lien permanent
Hier, j'ai eu le plaisir d'entamer la journée par un débat sur la sécurité, avec Armand De Decker. Vous voyez? C'est lui qui veut offrir une éducation militaire aux jeunes délinquants (j'ose espérer qu'éducation militaire ne signifie pas apprentissage du maniement des armes...).
Dans ce débat difficile sur la sécurité, où les simplismes des uns s'opposent radicalement à ceux des autres sans même s'écouter, j'ai toujours été frappée par l'invocation de la prison ou les centres fermés comme solution à nos maux. Sans angélisme aucun, il me semble qu'il s'agit là d'une solution scandaleusement court-termiste, plus dictée par une volonté de vengeance et de punition, que par une réflexion sereine. Mais après tout qu'y a-t-il de surprenant à voir les partis traditionnels être aussi court-termistes en matière judiciaire qu'ils le sont en matière économique et environnementale?
L'impasse et le point aveugle du raisonnement qui vise à augmenter le recours à la prison (et donc le nombre de places de celles-ci en vue de réduire la délinquance), c'est d'oublier qu'un jour... les détenus sortent de prison! Et que ce jour là, la crainte d'y retourner est - au moins - contrebalancée par un sentiment de révolte accru. Peu nombreux en effet sont les connaisseurs du monde carcéral qui contesteront que l'état déplorable de nos établissements pénitentiaires, le manque de possibilités de réinsertion, de travail social ou même médical, font de ces établissement des écoles du crime plutôt que des lieux de réflexion sereine sur ses erreurs passées.
Mais avant même la question de la sortie... se pose celle de l'entrée : Etopia organisait récemment une matinée de réflexions plutôt édifiante sur le recours à la détention préventive. On a pu y apprendre entre autres que la Belgique détient un des taux les plus élevés au monde de détenus préventifs (par rapport aux détenus condamnés). Bref, nous sommes parmi ceux qui enferment le plus avant jugement, et ce sans respecter les critères légaux pourtant très stricts de mise en préventive. Ainsi en 2009, 3725 des 10520 détenus dans nos prisons belges étaient en détention préventive. Soit plus de 35%! Or, selon les analyses des barreaux flamands, 50% des détenus en préventive ne sont finalement pas poursuivis ou pas condamnés. Alors en tenant compte de ces chiffres, Il me semble que lorsqu'on évoque la très inquiétante surpopulation carcérale et l'état déplorable de nos prisons, il y a là une piste trop peu souvent évoquée... Celle qui consisterait à ne pas enfermer plus préventivement que les pays qui nous sont immédiatement voisins... et qui ne m'ont pas l'air d'être de dangereux coupe-gorges! Vous avez vu "Un prophète" de Jacques Audiard?
Commentaires
Trois attitudes possibles à l'égard des "délinquants " en tous genres.
Pour les plus profonds: une psychotérapie psychanalytique qui prend beaucoup de temps et est très chére et pas toujours efficace..Alors..?.
Pour les modérés: une psychothérapie behavioriste: la carotte ou le bâton suivant le comportement quand il est positif ou négatif, La récompense ou la punition , celle-ci étant très préférée comme conditionnement nécessairement répétitif sinon aléatoire
Pour les légers: une psychothérapie humaniste basée sur l'écoute affective peu utilisée dans la communication interpersonnelle quotidienne....
La solution préventive: organiser systématiquement depuis l'âge de cinq à dix-huit ans, dans l'horaire de l'école, un "cours" commun et spécifique d'apprentissage des compétences psycho-sociales ou socio-affectives. Des programmes structurés et efficaces existent en pédagogie. C'est la volonté politique qui n'existe pas ou plus simplement seule existe l'ignorance..... politique...Voilà un beau thème pour les élections de ce 13 juin 2010....Sarah, es-tu preneuse ?
« Trois attitudes possibles à l'égard des délinquants »
Ca me semble tout à fait irréaliste et à coté de la réalité. Comme si le délinquant était présent à l'école de 5 à 18 ans. Comme si le délinquant va de son propre chef se soumettre à une psychothérapie (je parle de se soumettre consciemment, pas de faire semblant pour échapper à la sanction),...
Pour moi la question la plus utile dans ce débat est: Comment se fait-il qu'il y ait des délinquants? Réponses (non exhaustives): manque de repère parental (démission des parents), manque de règles dans la petite enfance, enfant-roi, ... En effet, on ne devient pas délinquant subitement comme on attrape des poils à 14 ans. La délinquance est le résultat d'un processus, d'une démission des parents et de la société face à un enfant jugé difficile et qui avait peut-être simplement besoin de cadre ou d'attention particulière. Dans cet ordre d'idée la délinquance n'est pas le corolaire d'un bas niveau social.
Alors la réponse de De Decker n'est certainement pas idiote et ne découle pas d'un replis sécuritaire. Il s'agit d'une chance de réapprendre au jeune paumé (le terme est plus profond que délinquant, qui n'est que superficiel) ce qu'est une interdiction, ce qu'est la contrainte, ce qu'est la discipline (dans le sens du vivre ensemble, en respectant l'autre). Non seulement une expérience de type militaire peut être structurante pour le jeune paumé mais aussi -corolaire intéressant- elle peut s'avérer gratifiante pour les militaires qui en auront la responsabilité.
Evidemment, une proposition comme celle de De Decker est difficile à supporter car, outre qu'elle ne soit pas politiquement correcte, elle semble coercitive (ça fait droite bien propre). Je pense que ce pourrait être une des solutions possibles au problème. Qu'en disent les experts?
Réponse à HuyCMo
Il y a une distinction importante à faire entre la répression à la De Decker et la PREVENTION par l'appentissage des compétences psycho-sociales valables et nécessaires dans toutes les situations rencontrées par les enfants et adolescents dans leur vie quotidienne. Ces compétences psycho-sociales sont complémentaires et interactives avec les cométences intellectuelles qui sont seules prises en considération intense - pour quoi et par qui - dans les programmes pédagogiques scolaires.
Voilà mon avis d'expert de professeur honoraire de pyscho-pédagogie pendant trente ans dans le département pédagogique d'une Haute Ecole Je vous invite à consulter, sur Internet, la rubrique " Les compétences psycho-sociales ". Il y a matière à réflexion DURABLE.
Bien cordialement à vous
P.S. Quant à la gratification d'un MILITAIRE RESPONSABLE......??????
Bonsoir,
J'ai fait une recherche sur "Les compétences psycho-sociales" (j'ai trouve notamment ici: http://altohumano.org/2009/06/10/co... chiquez sur mon pseudo) et je ne vois pas en quoi cela éclaire ou met à mal mon propos sur la délinquance (je ne me prononce pas sur l'article, seulement sur votre intervention). A part un argument d'autorité je ne vois pas dans votre réponse un indice de solution au problème. Pouvez-vous me donner les mesures CONCRETES que vous suggérez? Ou à défaut pouvez-vous contre-argumenter mes propos?
(ne parlons pas de la grat du militaire, c'est un autre débat)
Bien à vous,
Bonsoir HuyCMoi,
La question fondamentale à se poser à chacun de nous est:" Pourquoi j'accepte ou je n'accepte pas tel ou tel comportement précis et concret et par qui est-il appelé "délinquant "? A chacun son échelle de valeurs et sa prise de position, voire d'action personnelles.
Cfr aussi sur Internet " La répression est-elle une condition nécessaire et suffisante pour réduire la " délinquance" ?
Bien à vous
..
Evidemment que es prisons sont un pis-aller, l'idéal étant que la délinquance diminue.
Le problème dans votre discours est que vous ne proposez aucune solution, pratiquant sytématiquement la culture de l'excuse vis-à-vis des populations dites défavorisées (mais par qui?).
Je n'ai pas encore exprimé nos propositions en matière de sécurité sur ce blog mais l'ai souvent fait dans la presse, par contre. Voici donc en très résumé :
Un double objectif "0 impunité-0 exclusion".
Quatre axes prioritaires de travail pour l'atteindre :
1/ Donner les moyens à la justice de faire son travail dans des délais raisonnables ne permettant pas à l'auteur d'un délit, petit ou grand, de développer un sentiment d'impunité.
Cela veut dire :
+ remplir le cadre de magistrats et huissiers.
+ informatiser les services de justice (qui fonctionnent encore à l'ère du papier)
+ alléger certaines procédures sans mettre à mal le droit de la défense (les procédures pour certains types de délits mineurs pourraient être allégées en permettant la conciliation entre les deux parties plutôt que la comparution devant un juge. D'autre part, nous soutenons la mise en place de la procédure accélérée qui permet la comparution endéans les quinze jorus d'un auteur d'un petit délit devant le juge (procédure qui a montré des résultats probants pour les "primo-délinquants" qui ont tout de suite une sanction et sont arrêtés net dans leur tentation de récidive)
2/ La police
A Bruxelles, non seulement il manque 800 policiers mais en outre seuls 8% des policiers travaillant à Bruxelles sont bruxellois. Si on veut renforcer la police de proximité, valoriser son image auprès de la population, il faut que les policiers connaissent la ville, le quartier. Il faut donc y engager des Bruxellois. Pour ce faire, il faut valoriser l'école de police de Bruxelles et valoriser l'image du métier de police auprès des jeunes bruxellois.
3/ Lutter plus efficacement contre le trafic d'armes
Pour ce faire, il faut déjà revoir la loi non aboutie déposée par Laurette Onkelinckx sur la détention d'armes, la rendre applicable (notamment par rapport aux sportifs et chasseurs) et l'améliorer sur le contrôle de l'origine (pour l'instant cette loi ne concerne que les armes achetées chez des vendeurs issus sur le territoire belge. Il faudrait au moins l'élargir aux vendeurs issus sur le territoire européen)
Il faut ensuite mettre une priorité à la lutte contre le trafic illégal d'armes.
4/ En matière de prévention
Les chiffres le démontrent, nombre de délinquants ont connu un parcours de vie difficile, exclusion social, scolaire ou familiale, violence,.... Il apparaît donc essentiel de renforcer le travail déjà formidable réalisé par les secteurs d'aide à la jeunesse : AMO, SAS,... ces services qui permettent de soutenir et aider les jeunes en difficultés et qui leur donnent les outils et la force de s'en sortir et donc de ne pas tomber dans la délinquance.
@ Sarah
J'apprends avec intérêt que vous êtes en faveur de comparutions rapides alors que quand Verwilghen les avait proposées personne n'en voulait.
Par contre, le point 4 montre que vous restez dans la culture de l'excuse quand vous évoquez l'exclusion sociale ou scolaire comme causes de la délinquance. Il serait à ce sujet intéressant que vous citiez les chiffres auxquels vous vous référez ainsi que leur source.
En effet, à ma connaissance, il n'existe pas d'exclusion scolaire en Belgique puisque l'enseignement est accessible et gratuit pour tous en Com. fr.. S'il est vrai que certaines écoles refusent indirectement des élèves (ce qui n'est pas justifié lorsque le refus est motivé par des motifs ethniques ou sociaux), ceux-ci trouvent néanmoins d'autres merveilleuses écoles égalitaires prêtes à les accueillir.
La plupart des personnes qui ne trouvent pas d'écoles à leur goût sont celles issues de milieux aisés et qui cherchent des écoles correspondant à leurs exigences spécifiques sur le niveau d'enseignement, la population de l'écoles etc.
Quant à l'exlusion sociale, pourriez-vous être plus précise?
La sécu belge est une des plus complète même si elle consiste plus en une forme d'assistanat que d'ascenseur social.
J'ai par contre le sentiment que certaines catégories de personnes, qui constituent malheureusement le gros de la population carcérale, s'auto-excluent en refusant de s'intégrer au nom de préceptes et pratiques religieux.
Attention, la procédure accélérée n'est pas le snelrecht. Je vous invite à lire l'interview du juge de paix Thierry Marchandise à ce sujet dans La Libre Belgique
Quant à l'importance de la prévention, ce n'est pas pour donner une excuse aux délinquants. Certainement pas. Tout acte délictueux aussi petit soit-il doit être sanctionné. Mais si les actes ne sont pas commis, c'est encore mieux. Parmi le travail de prévention, il y a bien entendu le rôle de la police, la lutte contre le trafic d'armes, mais il y a aussi le soutien aux jeunes en difficultés. Certains jeunes en difficulté, si on ne les aide pas, si on ne les encadre pas, si on les laisse dans leur "mouise", risquent de tomber dans la délinquance. AU delà même de ce risque, l'Etat, les pouvoirs publics, la collectivité a la responsabilité de faire tout ce qui est possible pour faire en sorte qu'aucun jeune (mineur) ne soit exclus, et même ne s'exclue lui-même de la société. Quand je parle de l'exclusion scolaire, ce n'est pas simplement le fait de ne pas être admis dans une école ou dans une autre, c'est le fait qu'un nombre important (je n'ai plus les chiffres en tête) d ejeunes sont en décrochage scolaire. Ces jeunes-là peuvent rencontrer d'autres difficultés (familiales, drogue, ...). SI on ne les aide pas à se "raccrocher" quand il est encore temps, leur parcours d'adulte risque d'être difficile tant pour eux que pour la société.