Hier, j'ai eu le plaisir d'entamer la journée par un débat sur la sécurité, avec Armand De Decker. Vous voyez? C'est lui qui veut offrir une éducation militaire aux jeunes délinquants (j'ose espérer qu'éducation militaire ne signifie pas apprentissage du maniement des armes...).

Dans ce débat difficile sur la sécurité, où les simplismes des uns s'opposent radicalement à ceux des autres sans même s'écouter, j'ai toujours été frappée par l'invocation de la prison ou les centres fermés comme solution à nos maux. Sans angélisme aucun, il me semble qu'il s'agit là d'une solution scandaleusement court-termiste, plus dictée par une volonté de vengeance et de punition, que par une réflexion sereine. Mais après tout qu'y a-t-il de surprenant à voir les partis traditionnels être aussi court-termistes en matière judiciaire qu'ils le sont en matière économique et environnementale?

L'impasse et le point aveugle du raisonnement qui vise à augmenter le recours à la prison (et donc le nombre de places de celles-ci en vue de réduire la délinquance), c'est d'oublier qu'un jour... les détenus sortent de prison! Et que ce jour là, la crainte d'y retourner est - au moins - contrebalancée par un sentiment de révolte accru. Peu nombreux en effet sont les connaisseurs du monde carcéral qui contesteront que l'état déplorable de nos établissements pénitentiaires, le manque de possibilités de réinsertion, de travail social ou même médical, font de ces établissement des écoles du crime plutôt que des lieux de réflexion sereine sur ses erreurs passées.

Mais avant même la question de la sortie... se pose celle de l'entrée : Etopia organisait récemment une matinée de réflexions plutôt édifiante sur le recours à la détention préventive. On a pu y apprendre entre autres que la Belgique détient un des taux les plus élevés au monde de détenus préventifs (par rapport aux détenus condamnés). Bref, nous sommes parmi ceux qui enferment le plus avant jugement, et ce sans respecter les critères légaux pourtant très stricts de mise en préventive. Ainsi en 2009, 3725 des 10520 détenus dans nos prisons belges étaient en détention préventive. Soit plus de 35%! Or, selon les analyses des barreaux flamands, 50% des détenus en préventive ne sont finalement pas poursuivis ou pas condamnés. Alors en tenant compte de ces chiffres, Il me semble que lorsqu'on évoque la très inquiétante surpopulation carcérale et l'état déplorable de nos prisons, il y a là une piste trop peu souvent évoquée... Celle qui consisterait à ne pas enfermer plus préventivement que les pays qui nous sont immédiatement voisins... et qui ne m'ont pas l'air d'être de dangereux coupe-gorges! Vous avez vu "Un prophète" de Jacques Audiard?