Bruxelles bilingue
Par Sarah le mardi 7 septembre 2010, 10:08 - Elections Fédérales 2010 - Lien permanent
Un jour, je suis dans le métro avec mon fils. Sachant lire depuis quelques mois, il éprouve un malin plaisir à déchiffrer les noms des stations de métro. A la première station, "Etangs Noirs", il exprime des difficultés à lire la suite "Zwarte Vijvers", c'est alors que je lui explique que toutes les indications sont écrites en français et en néerlandais, vu que Bruxelles est bilingue. Le jeu qui suit est évidemment de deviner ce qui est en français de ce qui est en néerlandais. C'est alors que nous arrivons à Maalbeek/Maelbeek. "Dis maman, lequel est en français, lequel est en néerlandais?" Je ne sais plus ce que je lui ai répondu, mais peu importe. Bruxelles est tellement bilingue que les deux identités linguistiques ne sont pas toujours séparables, voire identifiables! C'est Bruxelles, et quelque chose de Bruxelles et des Bruxellois est profondément et indéfectiblement attaché aux deux identités ensemble, l'une néerlandophone, l'autre francophone!
Bruxelles au coeur des négociations
Durant ces premières longues semaines de négociations , il m'était difficile d'exprimer ici mes humeurs au risque de briser la nécessaire discrétion qui entourait la préformation. Aujourd'hui, c'est une autre phase qui commence, Je peux dès lors m'exprimer, en prenant un peu de recul, sur les enjeux qui ont été (et qui seront encore) au centre des discussions.
Et vous l'aurez compris, j'ai envie de parler de Bruxelles. Bruxelles, le coeur. Le coeur de ces négociations, le coeur de la Belgique. Bruxelles c'est une multiple capitale,et comme toutes les grandes capitales, c'est une ville cosmopolite et multiculturelle.
Mais la Bruxelles dont j'ai envie de parler est celle qui est LE lieu de rencontres entre les cultures germaniques et latines, La Bruxelles bilingue, (chantée par Brel).
Quand certains minimisent l'importance des cultures francophone et néerlandophone à Bruxelles en disant que Bruxelles est avant tout multilingue et que l'on y parle presque autant arabe que français, qu'on y parle plus anglais que néerlandais, quand d'autres minimisent le rôle des néerlandophones à Bruxelles en disant qu'ils ne représentent que 5% des Bruxellois, j'ai envie de leur dire qu'ils se trompent de combat et qu'ils méconnaissent l'identité bruxelloise.
La région toute entière est imprégnée de bilinguisme. Il ne s'agit pas ici que des symboles du Manneken Pis, de Bossemans et Coppenolle ou du théâtre de Toone. Il s'agit aussi ici de toute une frange de la population bruxelloise de souche, certes âgée, qui s'exprime, non pas (ou non plus) en brusseleer, mais en bilingue, enchaînant mots français et néerlandais dans une même phrase. Font-ils partie des 5% de Flamands? des 65% de Francophones? Qu'on aille leur demander, je ne suis pas sûre qu'ils aient envie d'être classés d'un côté ou de l'autre. Il s'agit aussi des couples bilingues. Mais aussi et surtout, pour la majeure partie de la population bruxelloise, il s'agit de l'environnement marqué par la présence de l'autre langue. Que l'on soit francophone fréquentant une école néerlandophone, ou inversement, ou que l'on travaille dans une entreprise ou une association bilingue où chacun s'exprime dans sa langue. Que l'on prenne un verre au Walvis ou au Belga, que l'on assiste à un spectacle sous-titré au KVS ou au Théâtre National, que l'on regarde les films au cinéma en B.O avec sous-titré bilingue , sans compter des initiatives comme le Kunstenfestivaldesarts, Bruxellesnousappartient-Brusselbehoortonstoe, Jaune toujours.
Tout cela n'est pas que du vent ni que l'expression volontariste de quelques doux rêveurs romantiques. C'est l'expression d'une réalité, celle d'un environnement, d'une ambiance, d'une région bilingue.
Bruxelles, région bilingue à part entière
Certains partis flamands voudraient voir la Région bruxelloise cogérée par les deux Communautés flamande et française, osant aller jusqu'à reprocher à celles et ceux qui revendiquent l'autonomisation de la Région bruxelloise de faire le lit du séparatisme, prétextant que la cogestion permet un lien indéfectible et que le tout aux Régions tue les liens horizontaux et permet plus facilement la fin de la Belgique!
Reconnaître Bruxelles comme une région (bilingue) à part entière n'empêche pas que les Communautés coexistent. C'est vrai que la Flandre a fusionné ses deux institutions, mais la Wallonie est bel et bien un région à part entière et les Communautés française et germanophone y jouent un rôle essentiel. Et A Bruxelles, le rôle que jouent la Communauté Française et la VGC est extrêmement important.
Mais doit-on pour autant nier le fait bilingue? Doit-on lui mettre des bâtons dans les roues? Pourquoi n'existe-t-il pas d'écoles bilingues? Pourquoi les associations doivent-elles choisir leur sexe linguistique?
Il est plus que temps de faire sauter les verrous. S'il est important de respecter chaque citoyen dans son identité linguistique et de lui assurer ses droits, surtout quand il appartient à la minorité (flamande à Bruxelles, francophone dans les communes à facilités de la périphérie de Bruxelles), il est urgent de favoriser les rencontres, de faire sauter les verrous empêchant l'organisation de la collectivité bilingue.
Les listes bilingues
Sans doute le premier verrou à faire sauter est celui de la question électorale au niveau régional.Actuellement, les listes bilingues sont interdites aux élections régionales. Pour l'instant, chaque électeur doit choisir son collège, francophone ou néerlandophone. Les élus bruxellois ne représentent donc qu'une communauté (contre l'autre?). Le Gouvernement se constitue donc en deux phases simultanées : une majorité francophone se met en place parallèlement à une majorité flamande. Ensuite ils doivent co-gérer la région.
SI demain, des listes bilingues sont autorisées, (avec un mécanisme assurant néanmoins la représentation de la minorité néerlandophone au Parlement et au Gouvernement), tout le rapport entre les représentants politiques néerlandophones et francophones en sera changé, car ils seront tous représentants de l'ensemble des Bruxellois. Ca n'a l'air de rien, mais ce peut être le début d'une petite révolution copernicienne et tout à fait positive pour Bruxelles. Moi je vote pour.
Commentaires
Elle est peut-être bilingue sur papier, mais à 35 ans, étant bruxellois (de naissance et de vie sociale), je n'ai jamais eu besoin du néerlandais à Bruxelles.
Le néerlandais va y disparaitre, et il est temps de mettre fin aux avantages dont jouissent les autorités flamandes à Bruxelles.
ce post montre combien les politiques sont en total décalage avec la population, surfe sur le politiquement correct histoire de plaire aux voisins flamands.
Si la ville de Bruxelles doit se développer et retrouver son essor économique, c'est en y évacuant la place désiquilibrée du néerlandais.
Cette langue handicape le développement économique de la ville, empêche toute une partie de la population bruxelloise de jouir de ses propres emplois.
Comme quoi Ecolo, a force de jouer les beaux parleurs, va à nouveau perdre son électorat.
Ayant toujours voté Ecolo, ce genre de discours guimauve et irréaliste me dit que 2010 aura été la dernière fois que je vote pour Ecolo, le ventre mou de la politique.
Merci pour votre contribution, même si je ne suis pas d'accord avec votre analyse de mon post, par contre je peux vous rejoindre sur divers points
1/ A-t-on besoin du néerlandais à Bruxelles quand on est francophone? Votre expérience vous dit que non, la mienne également. J'ai pu trouver un emploi sans exigence de néerlandais, je peux circuler, faire mes achats,... sans avoir besoin du néerlandais, c'est vrai. Ceci dit, ce n'est pas vrai pour tout le monde et nombre de francophones ne se voient refuser des postes ou des nominations parce qu'ils ne maîtrisent pas le néerlandais. Notamment dans la fonction publique et là, je suis tout à fait d'accord de dire que la loi linguistique actuelle ne correspond pas à la réalité de terrain et que plutôt que d'exiger le bilinguisme des agents, il faut exiger le bilinguisme des services.
2/ Promouvoir la vision de Bruxelles bilingue comme je le fais, et comme nous le faisons chez Ecolo n'est certainement pas une stratégie, comme vous le dites, pour plaire aux voisins flamands. L'autorisation de listes bilingues aux élections régionales permet de ne pas dresser les intérêts d'une communauté contre les intérêts de l'autre communauté. Pour le dire autrement, s'ils sont élus sur des listes bilingues, ils seront plus des représentants de la Région que d'une Communauté. Et c'est bien cela qui gêne certains partis flamands dans cette proposition.
3/ Si les minorités ne doivent pas bloquer, voire avoir plus de pouvoir que les majorités par leur capacité de veto, elles ont droit à une reconnaissance et à l'exercice de leurs droits comme minorités. Comme nous le demandons pour les Francophones des communes à facilités.
4/ On peut choisir la voie de la guerre ou celle de la pacification communautaire. Moi, j'opte pour la seconde. Quoique vous en pensiez, ce n'est pas le discours le plus simple et ce n'est certainement pas du ventre mou. Bruxelles est la solution, pas le problème. Voir Bruxelles comme région à part entière, dans son identité bilingue, et bien sûr aussi multiculturelle et multilingue, permet d'éviter de renforcer les sous-nationalités au sein de la Région, et de pacifier les tensions.
5/ Quant à l'essor économique, toute métropole a besoin de son hinterland pour assurer son développement économique. Bruxelles doit donc collaborer avec les deux régions qui l'entourent et plus particulièrement avec les provinces du Brabant Flamand et du Brabant Wallon. Je en vois dès lors pas en quoi le bilinguisme de Bruxelles est un handicap. D'autant que l'anglais est également une langue véhiculaire importante au niveau économique. Quant à l'emploi, j'y ai fait référence plus haut.
En espérant alimenter votre réflexion avec ces éclaircissements complémentaires
Je ne comprends pas non plus pourquoi les politiques continuent à parler de Bruxelles bilingue Fr/Nl.
D'une part parce que l'arabe mais aussi le turc, l'anglais, l'espagnol, ... sont bien plus pratiqués (en-dehors des heures de bureau, quand les navetteurs sont rentrés chez eux) que le flamand.
D'autre part, et là je vous rejoins, parce qu'à Bruxelles on s'en fiche de la langue des gens, on se débrouille entre nous et ça se passe très bien.
Alors pour les élections régionales, il faut des listes bruxelloises,point. Et supprimer toute connotation linguistique des élus, dont l'énorme surreprésentation des flamands.
Merci pour la longue réponse, je vais répondre brièvement.
Votre vision pour moi correspond à une vision romantique de Bruxelles qui est surannée et depuis quelques mois bien derrière nous.
Il y a encore deux ans, j'étais unitariste, mais depuis lors j'ai fait quelques constats:
- la Flandre vote majoritairement pour des partis nationalistes ou extremistes, et ce n'est pas un vote sanction, il s'inscrit dansla durée
- l'éducation prodiguée au jeunes flamands est remplie de mythes et est parfois à la limite du lavage de cerveau
- la Flandre a pour but de gêner, d'empecher le développement de la partie francophone de Belgique
Il faut donc maintenant:
- se séparer au plus vite de la Flandre
- créer un véritable projet pour les belges francophones
- retrouver sa dignité et arreter de se faire rentrer dedans comme du beurre par les flamands
- assoir bruxelles comme région à part entière, y revoir les lois linguistiques: 50% du service public au mininum est trusté par les flamands, pour 5% de la population. Ces emplois doivent être réservés aux bruxellois.
Il est temps de se plonger vers l'avenir, et arreter de revasser dans le passé Belgicain. On a besoin de dynamisme, de vision, de se tourner vers le futur.
Concernant Ecolo, pour moi c'est la toute grosse déception, que ce soit point de vue environnemental (regardez ce qu'on fait à Toronto par exemple) ou du point de vue gestion politique.