Un islam européen multiple et moderne
Par Sarah le lundi 22 mars 2010, 22:31 - Dialogue interculturel - Lien permanent
Voilà plus d'un mois que je n'ai rien posté sur mon blog. A vrai dire, la vie d'une co-présidente est une vie bien chargée et les quelques soirs encore libres, je tente de les garder pour mes enfants, ma famille, mes amis...Et en regardant mon agenda depuis le 8 février dernier, date de mon dernier post sur ce blog, je dois me rendre à l'évidence que deux sujets de société ont occupé le haut du pavé. Le premier touche à l'Islam européen (j'aborderai le second dans un deuxième billet plus tard dans la semaine).
Le foulard sous toutes ses coutures et en tous lieux
Je disais donc l'Islam européen. Avec, en pointe d'iceberg, les multiples interventions et débats sur le foulard, sous toutes ses coutures et en tous lieux : foulard, burqa, voile? Signe religieux, culturel, identitaire? A l'école, quelle règle pour les élèves, et pour les profs? Et dans la fonction publique, et pour des mandataires politiques? Débat complexe qui nécessite de pouvoir entendre les revendications des un-es et des autres, les craintes de part et d'autre.
Question qui suscite de l'intérêt. Bien plus aujourd'hui qu'il y a deux ans encore. Je me souviens qu'en 2007, lors de la campagne électorale de 2007, les questions sur cette partie du programme étaient rares et si j'en parlais d'initiative, ce sujet laissait indifférent. Deux ans plus tard, durant la campagne de 2009, auprès des mêmes publics, l'intérêt était vif, les réactions étaient fortes, avec une peur grandissante du retour du religieux dans la sphère publique (notamment au nom du combat mené par nos aïeuls pour la séparation explicite de l'Eglise et de l'Etat).
Le droit à un Islam européen
Mais si ces craintes doivent être entendues, le débat se doit d'être constructif et il faut être très vigilant qu'il ne tombe pas dans une instrumentalisation de ces craintes au profit d'un combat nettement moins respectable, le combat contre la reconnaissance d'un islam européen. Ainsi quand, en partant de la nomination de Fatima Zibouh par Ecolo au CA du centre pour l'égalité des chances, certains attaquent le fait qu'elle soit voilée et et prétendent, à tort, que derrière son voile, se cache une intégriste, fondamentaliste,rigoriste parce qu'elle aurait participé à la nébuleuse de Présence musulmane et serait une proche de Tariq Ramadan, non seulement, il y a une instrumentalisation du débat sur le voile, qui cherche à faire du voile le symbole du radicalisme, mais en outre, il y a une utilisation malhonnête d'accusations qui sont non seulement fausses mais qui en outre font croire qu'il y a un agenda caché d'un Islam européen menaçant et radical.
Oui, il y a des organisations musulmanes européennes. Il n'y en a pas qu'une, il y en a plusieurs. Comme il y a des tas d'organisations chrétiennes, juives, Mais faut-il nécessairement en avoir peur? Peut-on reprocher à des jeunes et moins jeunes nés ici, dans des foyers musulmans qui se sont construits ici, de s'organiser, de réfléchir ensemble à leur identité, à leur religion, cette religion venue d'ailleurs avec leurs grands-parents et de la faire évoluer dans le contexte européen, belge?
Non seulement, je pense qu'on ne peut pas leur reprocher, mais en outre, je pense que c'est une bonne chose.On le sait, l'Islam du 20ème siècle est traversé par des courants radicaux. En Afghanistan,au Proche Orient,dans le Maghreb. Et ces courants radicaux ont leur succès chez nous aussi. Principalement après d'une population fragilisée, d'ailleurs. Il faut évidemment combattre les radicalismes de tous bords. Mais faisons confiance à nos concitoyens musulmans. Porter le voile n'est pas nécessairement synonyme de radicalisme. Débattre avec ses pairs sur l'Islam européen n'est pas le signe d'une volonté d'islamiser l'Europe. La ou plutôt les communautés musulmanes se questionnent tout autant que nous les Européens non-musulmans (vu que le débat est clivé ainsi) nous nous questionnons sur le sens, les pratiques de la religion dans notre société moderne.
Tareq Oubrou et la voie moyenne
Si, en tant que laïcs, on a sans doute du chemin à faire pour accepter que modernité puisse rimer avec religion, faisons confiance aux croyants pour qu'ils questionnent leurs communautés religieuses sur l'adéquation des pratiques religieuses dans notre société contemporaine et moderne. D'ailleurs, je vous recommande l'interview de Tareq Oubrou, imam à la grande mosquée de Bordeaux qui passera ce mardi 23 mars sur la 2. Militant pour une voie moyenne entre la tradition musulmane et le respect des lois de la République laïque française, il a ainsi défini un concept de double appartenance très original, intitulé " sharia de minorité " qui, selon lui, doit permettre à tous les musulmans européens de concilier d'une part leurs conceptions religieuses et spirituelles et d'autre part les exigences de la sécularisation en vigueur dans les sociétés occidentales.
Pour donner un exemple d'où le mène sa réflexion, voici un court extrait d'une interview faite au journal le Monde le 15 octobre 2009. A la question "Quelle est aujourd'hui votre position sur le port du foulard islamique ?" Tarek Oubrou répond : "Si je voulais être provocateur, je pourrais dire aux femmes : mets ton foulard dans ta poche. Aujourd'hui, je dis que c'est une recommandation implicite qui correspond à une éthique de pudeur du moment coranique. Pour autant, une femme qui ne le met pas ne commet pas de faute. Mais, aujourd'hui, la communauté musulmane est fragile, et s'attache à des adjuvants et à des normes. C'est aberrant de réduire une femme musulmane à son foulard ; c'est de l'ignorance. Le foulard n'est pas un objet cultuel, encore moins un symbole de sacré. En outre, cette visibilité est néfaste car, à long terme, cette pratique pose des problèmes spirituels et psychologiques aux femmes qui veulent étudier ou travailler. Je n'ai pas le droit de tromper ces jeunes filles. Le problème, c'est que lorsqu'elles enlèvent le foulard, elles arrêtent aussi de prier. Cela dit, je crois que chacun est libre de s'habiller comme il veut, de choisir la lecture de l'islam qui lui convient, même si je ne la partage pas."
Le rôle du politique
SI c'est important que ce genre de voix s'élève au sein des communautés musulmanes, j'estime que c'est un débat qui leur appartient. Moi, en tant que politique, je dois traiter la question du voile en tenant compte du droit fondamental de la liberté d'expression religieuse, des missions d'émancipation et de non exclusion de l'école, des devoirs, aussi, de l'école (suivi rigoureux des cours, règles de vie ensemble, non prosélytisme,..); des richesses de la diversité et du dialogue interculturel pour notre société, du combat pour l'égalité des femmes et des hommes et, dans le cadre de la fonction publique de l'exigence d'impartialité du service rendu à tous les citoyens et citoyennes.
C'est avec ces balises-là que le politique doit réfléchir, se positionner pour, enfin!, légiférer. Légiférer est essentiel aujourd'hui, quand on voit le peu de clarté, les incertitudes juridiques et les tensions que peuvent provoquer certaines décisions. On ne peut laisser la patate chaude aux directeurs d'école ou aux administrations. Evidemment, c'est plus facile à dire qu'à faire dans un pays institutionnellement aussi complexe. Laissons donc le temps à nos Ministres et Parlementaires de débroussailler le chemin, sans rajouter des propos simplistes et lourds de conséquences pour l'ensemble de la société.
Commentaires
Madame Turine,
J'ai trouvé votre passage à matin première assez lamentable. votre incapacité à dire si le voile peut être porté ou non, de manière claire, était maladaroit. Je sais que nous avions dans notre programme une totale liberté laissée aux individus mais quand à ce dossier, je pense que l'on gagnerai à être plus clairs. on ne peut pas continuer à distribuer des tracs aux magrehbins en leur disant qu'on les laissera tout faire et une fois au pouvoir leur interdire.
Il faudrait qu'écolo disent clairement (sans se retrancher derrière la laïcité, l'état, la neutralité ou un long texte flou) s'il est pour ou non. Beaucoup de musulmans ont voté pour cela pour écolo et sont maintenant déçus. si on avait été clairs avec eux, ça ne se serait jamais passé.
en vous souhaitant bonne journée et tout mon soutien pour tout ce que vous faites pour la communauté. merci.
Point de jugement de valeur. Soyons positifs. Une lecture très intéressante, c'est le chapitre 10, Comment agir face à l'islamisme ? , du livre "Pourquoi l'islamisme séduit-il ? ", par Mohamed Sifaoui, (édition Armand Colin,janvier 2010, 20 euros)
L'attitude de base constructive,comme celle de Sarah, n'est-elle pas d'agir pour un universalisme de paix contre des communautarismes meurtriers.....
N’allez pas prendre, svp, ce qui suit pour d’orgueilleuses idées d’un donneur de leçon. N’y voyez, je vous en prie, aucune prétention de ma part ! Je ne suis sûr que de peu des éléments de ce que je souhaite vous partager ci-dessous. Je le fais comme le partage d’un vécu et d’une démarche suivie, plus par hasard, que par mérite personnel. Qu’il vous soit donc permis d’en rire, comme j’aime à rire de moi-même. Mais sachez que je m’enthousiasme assez fort pour ce que je tente ici de partager, avec qui veut. S’enthousiasmer, c’est risquer de paraître idiot, comme pleurer, c’est risquer de paraître sentimental. Nous savons bien qu’exposer ses sentiments, c’est risquer d’exposer son moi profond. Mais il faut prendre, je le pense sincèrement, ces risques-là. Car le plus grand danger dans la vie, c’est de ne rien risquer du tout ! Celui qui ne risque rien, peut éviter la souffrance et la tristesse, mais il abandonne sa liberté ! Donc, je souhaite ici partager, avec ceux que cela pourrait intéresser, la démarche qui fait de moi, j’ose l’espérer, un chaud partisan de =
- la cause des sans-papiers et des «demandeurs d’asile», d’une part,
et de
- une «main tendue vers l’Islam», les pays musulmans et l’accueil d’une demande d’entrée dans l’union européenne de la part de pays musulmans démocratiques et tolérants, d’autre part.
Etes-vous intéressés, ouverts et disposés à réfléchir à votre position personnelle concernant ces deux thématiques (demandeurs d’asile et des sans papiers, d’une part, … nos relations Europe-Islam, d’autre part) ? Si oui, et si vous en avez le temps, les moyens et le courage, je voudrais vous partager sincèrement et modestement, ce qui dans mon expérience personnelle récente (quelques vécus de rencontres, lectures et films), qui m’ont, par chance, personnellement fort marqués et m’ont ainsi encouragé à me forger les opinions et convictions fortes qui sont aujourd’hui les miennes dans ces domaines.
Lectures : lire quelques romans :
- les livres de Yasmina Khadra, par exemple, («A quoi rêvent les loups ?», mon préféré, dans lequel cet algérien situe l’action en Algérie), mais aussi,
- un E.-E. Schmidt «Ulysse from Bagdad», et,
- le superbe «El dorado» de Laurent Gaudé (celui du «Soleil des Scorza)», en oubliant pas
- le «Aller simple» (de Didier van Cauwelaert, roman drôle et poignant, Goncourt 94), ni, bien évidemment
- le «Ventre de l'Atlantique» de Fatou Diome,
- le magistral «Léon l’Africain» où Amin Maalouf donne une biographie de Hassan al-Wazzan, qui, né en 1488, à Grenade en Andalousie musulman, assiste à la chute de Grenade, prise de la ville par les Rois catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon, événement qui, en 1492, eut un retentissement européen bien plus significatif que la découverte de l’Amérique par Colomb. Le héros dut se réfugier au Maroc dans la ville de Fès. Hassan y suivra ses études de théologie dans plusieurs madrasas. Sa vie de diplomate, sera celle d'un grand voyageur et d'un négociateur,( missions politiques et commerciales le mèneront à travers tout le Maroc du Maghreb, de l'Arabie et l'Afrique saharienne, à Constantinople et en Égypte. L’aventure le mènera même a être offert en présent au pape Léon X, qui l'adopte comme fils, le fait catéchiser puis baptiser, et il devient alors Jean-Léon de Médicis, dit « Léon l'Africain » ;
- l’éclairant «Samarcande», ou le même auteur raconte l’histoire du manuscrit d’Omar Khayyam, poète et mathématicien du XI° siècle en Perse. Le vizir est confronté à l’opposition entre deux Islam celui de Nizam el Molk, le fondateur de l’extrêmement redoutable secte des Assassins, qui montre que Al Quaïda n’a rien inventé, et celui d’Omar, le poète à l’écart du tumulte des hommes, un personnage étonnant, cultivé, spirituel et tolérant, extrêmement moderne, qui a souvent du mal avec les tenants de l’ordre établi et qui, pour soulager ses envies irrévérencieuses, décide d’écrire ses poèmes dans un manuscrit qu’il gardera caché ;
- enfin dans la même veine que ce dernier «Avicenne la route d’Ispahan» de Gilbert Sinoué, « Moi, Abou Obeïd el-Jozjani, je te livre ces mots, confiés par celui qui fut mon maître, mon ami, : Abou Ali ibn Sina, Avicenne pour les gens d’Occident, prince des médecins, dont la sagesse et le savoir ont ébloui tous les hommes, qu’ils fussent califes, vizirs, princes, mendiants, chefs de guerre ou poètes», ainsi commence le récit consacré à l’une des plus hautes figures de la pensée universelle, Avicenne, né voilà mille ans, médecin le plus renommé de son temps, choyé, vizir écouté, proscrit, errant, nomade, prisonnier ; allant de ville en ville, franchissant déserts et montagnes, sa dernière étape le mène à Ispahan, où Ibn Sina meurt à cinquante-sept ans après avoir bu à grands traits, jusqu’à l’ivresse, à la coupe du savoir et de l’amour. Sinoué dit que ce livre est né d’un rendez-vous manqué, puisqu’il avait commencé l’écriture d’une biographie romancée de Omar Khayam, lorsque, tombé sur le roman d’Amin Maalouf qui venait de paraître, il adonc abandonné son projet, pour se replier sur Avicenne., et qu’il doit dons un grand merci donc à Amin Maalouf."
- … etc. ….
Et même, quelques bandes-dessinées :
- la saga algérienne, de Ferrandez, «Carnets d’Orient» qui, en 9 tomes, commence par «Djemilah» qui se passe en 1836 et se termine (pour l’instant ?) par «Dernière demeure » en 1958 ;
- les impressionnants Stassen, par exemple, «Deogratias», «Bar du vieux français» (2 tomes), «Les enfants», «Louis le portugais» ;
- un Griffo et Vanhamme «SOS bonheur»,
- le formidable «Persépolis» série de quatre bandes dessinées autobiographiques et historiques, réalisées en noir et blanc par Marjane Satrapi (dessin et scénario, également publiées en une version intégrale et également converties en un splendide film de dessin animé ;
- le prémonitoire thriller politique, engagé, (qui correspond bien à mon espoir rêvé : que les damnés du tiers monde se lèvent, tous ensemble et avec notre solidarité active, pour réclamer leur dû !) : «La nuit des clandestins» de Pierre Christin, au scénario et Daniel Ceppi pour le dessin.
- le discours historique à Philadelphie en mars 2008 de Barack Obama, qui s’y présente comme, fils d’un homme noir du Kenya et d’une femme blanche du Kansas, marié à une femme noire, ayant en elle du sang d’esclaves et de propriétaires d’esclaves, discours intitulé : «Pour une plus parfaite union» de ce jeune noir, qui est allé dans quelques unes des meilleures écoles d’Amérique et a vécu dans l’un des plus pauvres pays du monde, qui a des frères, des sœurs, des neveux, des oncles et des cousins, de toutes races et de toutes couleurs, dispersés sur trois continents, et qui, comme président, se donne comme priorité la réalisation de la constitution de 1787 c'est-à-dire : délivrer les esclaves de leurs chaînes et assurer aux hommes et aux femmes, de toute couleur et de toute confession, tous leurs droits et devoirs de citoyen des Etats-Unis, en comblant, lentement mais sûrement, le fossé entre les promesses des idéaux et la réalité de l’époque, et promouvoir sa profonde conviction, enracinée en Dieu et dans sa foi dans le peuple américain, que, en travaillant ensemble, les américains pourront dépasser certaines de leurs vieilles blessures raciales.
- et, surtout, surtout, (à lire, relire, et répandre autour de soi), le récent discours (non moins historique), du même Barack Obama, intitulé celui-ci, «Un nouveau départ», et prononcé le 4 juin 2009, à 13h10, à l’Université Al-Azhar du Caire en Egypte.
-
Cinéma : voir quelques films sensationnels :
- «Aller-retour» de Mohammed Hamra: (Giuseppe, un italien rescapé de la catastrophe de Marcinelle suite à laquelle il est retourné vivre à Rome, apprend 50 ans plus tard, qu’il a une petite-fille en Belgique. Il décide d’y partir pour la rencontrer. De leur côté, Aziz et Samir partent à la nage de la côte marocaine pour rejoindre la vieille Europe. Deux voyages parallèles pour rencontrer une réalité à laquelle aucun d’entre eux ne s’attendait...),
- «Welcome», film de Ph. Lioret, avec Vincent Lindon, « alors que la Grande-Bretagne a fermé complètement ses frontières aux clandestins, des réfugiés s'entassent dans les environs du port de Calais. Bilal est l'un d'eux, il veut absolument traverser la Manche pour retrouver celle qu'il aime, partie de son pays légalement grâce à son père qui vit en Angleterre depuis quelques années. Bilal échoue, refoulé dans la ville française, il erre pour trouver une solution, et s'inscrit aux leçons de natation de Simon, un quadragénaire sur le point de divorcer. Ce dernier, dans l'espoir de reconquérir sa belle qui s'investit elle-même dans les causes humanitaires, décide d'aider le jeune homme, cela au mépris des lois. Pour la première fois Simon s'intéresse à l'autre, à l'étranger, un voyage qui lui permettra de s'interroger sur lui-même.
- «La promesse», un film des frères Dardenne, qui comme les autres se déroule à Seraing, et relate une histoire sordide d'immigration illégale et d'allégeance filiale, Igor, 15 ans, trempe innocemment dans les combines de son père qui exploite de la main d'œuvre émigrée. Jusqu'au jour où un travailleur africain fait une chute et fait promettre à Igor de s'occuper de sa famille, avant de mourir. Commence alors pour ce dernier le lent éveil à la conscience morale;
Séjours et rencontres :
Faites aussi et surtout, je vous en conjure l’un ou l’autre séjour au Maroc et/ou en Turquie. Des séjours durant lesquels vous séjourneriez chez des turcs, des marocains, ou, tout au moins, durant lesquels, vous vous ménageriez de bons et bien authentiques moments de rencontres, de dialogues, personnels et profond,s avec des gens de l’endroit, des gens d’origines sociales diverses, mais des gens vrais ! Des gens qui peut être vous feront une remarque ou l’autre qui resteront marquées en vous et éclaireront votre jugement. Quelques exemples :
- un turc qui, dans Sainte Sophie, se tient discrètement dans mon dos, pendant que je montre à mes enfants un chapiteau représentant une scène biblique que je reconnais et leur explique !, … Mon turc soudain nous adresse alors la parole et nous dit : «Look, you are Europeans ?, you are Cristians ?, … yes ? thus look ! », et me signalant notre chapiteau «This is Ours ! and this is also Yours ! Isn’t it ? » tout en s’éloignant avec un énorme sourire enthousiaste et chaleureux !
- Un imam, dans une petite mosquée, calme et peu visitée, se dirige vers nous alors que nous venons de nous asseoir par terre comme d’autres personnes présentes, qui mangent, boivent et conversent dans une autre partie de l’édifice, et, alors qu’un de mes fils vient de m’interpeller : «Tu vois, papa ? ici c’est drôlement plus convivial que tes églises ! » et, moi (déjà interpellé par cette remarque filiale et je le suis encore aujourd’hui !), je le suis à nouveau mais par l’imam lui-même cette fois qui nous fait alors assaut d’amabilité pour tenter, en anglais et même avec quelques mots de français, de nous proposer toutes les explications et examens rapproché d’une niche (minrhab), qui indique la direction de la Mecque, et d’un escalier (minbar), qui ne débouche sur aucun étage supérieur, mais permet à l’imam de s’adresser aux fidèles.
- un guide touristique berbère au Maroc qui vient s’assoir à côté de moi après une visite en groupe de Essaouira (la «bien gardée») anciennement appelée Mogador en français, une ville portuaire de la côte Atlantique du Maroc [environ 70,000 habitants, à 173 kms au nord de la riche Agadir (qui est au Maroc l’horreur que Marbella est à l’Espagne et que Cancun est au Mexique) à 176 km à l'ouest de l’enchanteresse Marrakech] et avec qui j’eus moult discussions qui m’apprirent diverses choses troublantes :
- si les européens au Maroc (contrairement à la Turquie) ne sont pas les bienvenus dans les mosquées ce n’est en rien lié à l’Islam, ni même à un règlement d’origine marocaine, mais bien dû à une ordonnance, promulguée par le Maréchal Lyautey, résident général au Maroc en 1912 (lui qui avait servi en Indochine de 94 à 97, au Tonkin ensuite, puis à Madagascar de 97 à 1902 et qui avait affirmé «la France se doit d'être une grande puissance musulmane», amoureux qu’il était, de ce pays, sa culture, sa religion, ses arts et ses habitants.) ;
- si nous européens avons l’impression que Mohamed VI et sa ravissante épouse représentent pour le Maroc, une grande nouveauté d’ouverture, et de respect du droit de la femme, nous commettons une erreur car c’est la tradition même du régime marocain d’être comme l’est l’actuelle couple royale qui reprend l’héritage du grand père Mohamed V, instigateur des droits de la femme, par exemple. Cette tradition a été interrompue par le père du roi actuel Hassan II monarque conservateur, intolérant et répressif, à l’encontre de la nature marocaine !
- si nous européens ne comprenons pas bien pourquoi l’Algérie nous parait bien plus à risque d’intégrisme violent et intolérant que le Maroc, c’est peut-être parce que nous ne mesurons pas bien le passé de souffrances et oppressions bien plus dur qu’a vécu l’Algérie, colonisée par la France, alors que le Maroc, lui, n’a jamais été colonisé par personne. Et de me signaler, d’ailleurs, qu’à Essaouira, par exemple, il y a historiquement toujours eu plus de chrétiens et de juifs, que de musulmans et cela toujours dans une coexistence harmonieuse !
- etc. …, etc. …
- les berbères, majoritaires au Maroc et donc parmi mes interlocuteurs dans ce pays , ne se sentent, m’ont-ils dit, pas arabes, ils ont été envahis et vaincus par les arabes, ils ont une autre langue, une autre culture, … le dernier sultan de Grenade, celui de la chute en 1492, était berbère, etc. …
- un de mes grands amis de longue date, qui je me souviens nous recevait certains soirée festive dans son kot à Louvain, en offrant à chaque arrivant une branche de dates et un verre de lait, m’a déjà à l’époque plusieurs fois dit et cela me frappait évidemment, : « Mais tu sais, Jérôme, nous autres musulmans nous connaissons bien la Bible et les évangiles, Jésus est le deuxième prophète le plus important de l’Islam ! ». Ceci dit le même copain, supérieurement intelligent et doué, était un excellent guindailleur, capable de boire et de manger une saucisse et la sauce bolo de ses spaghettis, comme tout student qui se respecte ! Nous nous moquions de lui à l’époque aux facultés. en lui disant que lorsqu’il serait 1er ministre il nous inviterait en Algérie ; il ne l’a jamais été, mais pas si loin, puisqu’il était tout de même gouverneur de la banque nationale centrale et s’est vu offrir le poste de représentant de l’Algérie auprès des Nations Unies (qu’il ne fut finalement jamais°. Economiste brillant il est devenu un banquier important et l’est toujours. Je l’ai retrouvé en allant dîner chez lui il y a quelques années. Surprise dès l’accueil, il me dit : « tu nous excuseras ? Jérôme, nous sommes une maison sans alcool et nous ne mangeons pas de porc. Pas que j’aie changé, tu sais, mais l’alcool , je dois de toute manière faire attention, vu le nombre de cocktails que je fréquente et la petite bedaine que je me paye aujourd’hui, quand au porc je n’au jamais aimé et si à l’unif j’en mangeais pas mal c’était surtout pour son coût donc aujourd’hui je m’en passe pas pour des raisons de religion (d’ailleurs sa femme, que je connais bien également, elle aussi brillante universitaire, est plus féministe que voilée). Mais si j’évoque mon ami ici, c’est surtout pour un souvenir de jeunesse qu’il me raconta pour la première fois ce soir-là.
En rétho, déjà brillant, ce jeune algérien, de sa propre initiative, a, dès l’automne, écrit à de nombreuse universités francophones européennes, leur demandant si, au vu du curriculum et lettre de présentation qu’il joignait à sa missive, ces prestigieuses institutions seraient d’accord de l’inscrire, lui, une dizaine de mois plus tard, dans leur Alma Mater en 1ère année d’économie. La plupart ne lui répondirent même pas, plusieurs refusèrent sa candidature pour des motifs quelconques, mais, …. Le père jésuite recteur des FNDP de Namur lui répondit que ses qualités intellectuelles, sa formation jusque là, sa volonté semblaient autant de conditions largement remplies de toute évidence, mais que néanmoins il ne conseillait pas à ce jeune maghrébin de se risquer au sein des facultés namuroises, pour des motifs d’éloignements, solitude, déracinement, choc culturel et choses diverses de cet ordre. Cette réponse eu le don d’aussitôt mettre mon ami, hors de lui d’énervement, et celui-ci, sans plus réfléchir, écrivit immédiatement une réponse cinglante à la limite de la politesse, dans le style suivant : « Monsieur le Recteur, je vous autorise à juger de mes aptitudes scolaires, intellectuelles, de mon bagages en connaissances pré-requises pour effectuer des études dans votre université, mais à rà rien de plus pour l’instant ! Je ne vous autorise en effet, pas un instant, à émettre le moindre jugement sur les qualités humaines de quelqu’un que vous ne connaissez aucunement, ni mes aptitudes à m’adapter à un changement aussi important soit-il, ni mes capacités à supporter des contrariétés de quelque ordre soi-elles, ne vous regardent présentement ! Je vous salue avec tout le respect que j’ose espérer vous méritez dans vos fonctions et parmi vos proches ! »
Quelle ne fut pas dès lors, sa surprise de recevoir, par le plus rapide retour de courrier imaginable, la réponse suivante : «Cher Monsieur, vous êtes attendu le 17 septembre prochain à 9 heure aux FNDP de Namur »
Et mon ami Abderrahmane, me raconte que c’est, alors, que le plus difficile commençait pour lui : Avouer à son père les démarches qu’il avait entreprises et leur aboutissement, alors que le tout s’était, bien sûr, réalisé à l’insu total de sa famille, sachant pertinemment bien quelle probable opposition il allait rencontrer. Après une guerre d’usure et persévérante inventivité d’arguments, après d’insistants recours à de multiples démarches de séductions-chantages, non moins diverses, Abderrahmane se voit recevoir un beau matin la réponse sans appel suivante : « Fils j’ai acheté deux billets, réservé une chambre, pris rendez-vous, nous partons, dans quinze jours, le 10 septembre à l’aube à nous deux, je parlerai avec les autorités et prendrai ma décision en conséquence immédiatement après cela ! » Nous voilà, me raconte-il débarquant sur le quai de la gare le 11 au matin. Mon père hèle un taxi, il lui donne l’ordre de se charger de nos bagages et de nous amener à l’hôtel réservé de longue date. Première petite surprise l’homme, nous suggère de ne pas monter dans son véhicule, (ce qui ne l’empêcherait nullement de s’occuper gratuitement des valises), mais de simplement traverser la rue, notre hôtel se trouvant sur le trottoir d’en face ! Je me suis donc retrouver, relate mon ami poursuivant son récit, dès le lendemain 10h, assis tout tremblant, sur un banc dans le couloir, devant la porte du Recteur de l’époque. Mon père est entré, en compagnie de trois pères jésuites, enseignants importants du début des années 70, dont nous gardions, mon ami et moi, des souvenirs assez précis. Après deux bonnes heures de silence et inaction anxieuse, mon père ressort et me dit : «Fils, je tai confié à ces hommes, ce sont des hommes du Livre !».
Merci pour ce long commentaire riche et instructif. J'ai lu qqs-uns des livres que vous évoquez (notamment les Amin Maalouf). ainsi que qqs uns des films dont vous parlez. Je ne manquerai pas (dès que j'ai un peu de temps) d'aller puiser dans cette liste de quoi enrichir mes soirées à la maison!