Rien de personnel, un film sur la relation contemporaine au travail
Par Sarah le dimanche 24 janvier 2010, 23:35 - Mes coups de coeur - Lien permanent
La semaine dernière, EcoloBxl a organisé l'avant-première de ce film mordant et intelligent sur les pressions qui peuvent s'exercer au travail. Sujet pourtant pas facile à traiter au cinéma, Mathias Gokalp, le réalisateur, a bien réussi son coup.
Pourquoi avons-nous organisé cette avant-première? L'année 2010 commence malheureusement mal en matière d'emploi : l'affaire Inbev et ensuite la fermeture du site d'Opel montrent combien la crise financière n'a pas fini de faire sentir ses impacts.Sont remises à l’avant-scène les difficiles conditions de l’emploi et du travail dans la société telle qu’elle est aujourd’hui, mondialisée et dont le système économique est dérégulé. Délocalisations, faillites, fermetures d’entreprises, le chômage est en hausse. Or à l’heure où les familles monoparentales augmentent, et où les ménages ont très souvent besoin de deux salaires pour subvenir aux besoins de la famille, la pression sur l’emploi est forte et la place de l’emploi dans le statut social est importante.
Quel droit cela laisse-t-il alors à celui qui a la chance d’avoir un emploi d’exiger qu’il puisse le faire dans de bonnes conditions ? La pression pour accepter une plus grande flexibilité dans les horaires, ou des conditions salariales désastreuses est présente et à côté des demandeurs d’emploi et des exclus du système, il y a des travailleurs pauvres, des travailleurs pressurisés
II faut que chacun puisse prendre plaisir à travailler, mais aussi à s’épanouir dans sa vie « hors travail ».
Bien sûr, aujourd'hui, le contexte de crise ne facilite pas les choses. Nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui sont exclus de tout milieu de travail et ce parfois depuis des années. Il faut que l’on trouve des solutions pour ces personnes :
- développer l’activité et l’emploi (dans les secteurs verts, non marchands…) ;
- arrêter la chasse aux chômeurs… et mettre notre énergie à faciliter l’accès à l’emploi surtout de ces personnes précarisées, par des formations adaptées ou en combattant les pièges à l’emploi ;
- prendre des initiatives qui favorisent la participation à l’activité (l’insertion sociale), parallèlement à que l’insertion professionnelle ;
- et puis, se reposer la question du partage du travail disponible...
Parallèlement, et pour revenir au sujet du film, nombreuses et nombreux sont également celles et ceux qui doivent se contenter du travail qu’ils ont (et entendre le message : si tu n’es pas content, il y en a dix derrière la porte qui attendent). Or, prendre plaisir à travailler, c’est trouver du sens à son travail (savoir à quoi le travail va servir, avoir l’impression d’être utile, savoir ce qui se passe en amont et en aval,…), travailler dans une bonne ambiance, bénéficier du respect de ses collègues,… Il faut donc : - revisiter la définition de « l’emploi convenable » (ou emploi de qualité), notion qui sert de référence pour les employeurs (normes qu’ils doivent respecter), mais aussi aux tribunaux du travail, aux demandeurs d’emploi… Cette définition doit davantage prendre en compte des éléments comme la préservation de l’intégrité physique et psychique de la personne, le respect de la vie personnelle et/ou familiale, le respect du travailleur, une vision plus moderne de la mobilité (trajet domicile-travail), l’organisation des temps partiels (pour laisser la possibilité de le compléter par un autre temps partiel…)
- améliorer la santé et la sécurité au travail, en renforçant les rôles et pouvoirs des différents organes concernés, pour tenir compte de l’évolution des problèmes liés au milieu de travail (harcèlement, stress, reconnaissance et prévention de maladies professionnelles)
- améliorer la qualité des contrats de travail : augmenter le salaire minimum, améliorer les contrats à temps partiel, renforcer le contrôle sur le travail intérimaire, revoir le dispositif « titres-services »…
- développer des politiques du temps novatrices, en ouvrant une grande réflexion sur le sujet, pour qu’il y ait une meilleure conciliation et synchronisation des différents temps sociaux (travail, formation, loisirs, vie privée…) et pour que la question des inégalités face aux tensions temporelles soient abordées (ex : les horaires irréguliers et les horaires imposés sont davantage ceux de personnes peu qualifiées et/ou qui ont des revenus modestes). Il faut oser des changements, pour faciliter et accompagner les temps de transition professionnelle et de formation, pouvoir discuter de ses horaires de travail, mettre des mécanismes en place (comme le plan tandem ou le tutorat) pour partager le travail et l’expérience, promouvoir une gestion locale du temps, renforcer les temps familiaux…
Bref, de nombreux chantiers en perspective, qui demanderont de l’énergie et du temps, mais qui en valent la peine. Une meilleure qualité de travail pour tous, et donc aussi une vie plus équilibrée, sont à ce prix.
Commentaires
Je ne sais plus qui a dit :
Travailler, c'est la santé,
Se reposer, c'est la conserver,
A condition d'avoir de quoi manger et boire,
Donc nécessité de travailler
Ou bien, paraît-il, de spéculer financièrement parlant,
en toute liberté reconnue, sur le dos de celles et
ceux qui travaillent.
Ainsi la Boucle est bouclée