Les conseillers communaux de Molenbeek vont auditionner les acteurs de terrain! Suite à notre interpellation (ci-dessous) et un débat intéressant et parfois houleux lors du dernier conseil communal, jeudi soir, nous avons obtenu du Collège que soit organisée une séance d'auditions de différents acteurs molenbeekois (aide à la jeunesse, maisons de quartiers, ...) pour connaître leur analyse sur la situation de la commune. Sur base de ces auditions, nous espérons que le conseil communal s'accordera pour faire des propositions concrètes d'actions politiques permettant de lutter contre la fragmentation de la ville. Je vous tiendrai évidemment informés de la suite.

Extrait de l'interpellation

(texte complet en pièce jointe)

Les évènements violents que le centre de la commune a connus ces dernières semaines, au-delà de la réaction répressive nécessaire qu'il a fallu porter immédiatement, doivent nous faire réfléchir, une fois de plus, nous acteurs politiques de Molenbeek et de toute la région bruxelloise, au mode du vivre ensemble que nous voulons et aux solutions à moyen et à long terme que nous devons proposer pour combattre la dualisation de notre région, de notre commune. Dualisation qui est en même temps socio-économique, territoriale, scolaire, culturelle et religieuse (pour ne pas dire communautaire ou « ethnique »).

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Il faut néanmoins reconnaître que la résonance que peut avoir certains fauteurs de troubles auprès des jeunes (et moins jeunes) du « troisième cercle » n'est pas anodine et trouve ses racines dans un malaise profond partagé par un bonne partie de la population de notre commune. Malaise lié à la précarité socio-économique et lié à une crise identitaire.

Je l’ai déjà évoqué lors de conseils communaux précédents. Différentes études montrent combien Bruxelles est cloisonnée en quartiers et les jeunes, en particulier, sortent peu de leurs quartiers et fréquentent peu les autres quartiers car ils s’y sentent mal à l’aise, voire étrangers. Parallèlement, combien de jeunes hommes ou femmes d’origine immigrée, quand bien même ils auraient le diplôme adapté (ce qui n'est pas le cas pour tous) sont considérés par les employeurs comme "inadaptés", parce que leur langage, leur comportement ou leur port vestimentaire n’est pas «adapté » ou fait carrément peur. Comment dans ce contexte peuvent-ils s'identifier à la ville qu'ils habitent et s’y sentir impliqués ? Comment ne pas comprendre pour certains, un repli sur le quartier, un repli au sein de leur communauté et/ou de leur groupe religieux sans que cela ne soit pour autant souhaitable ? Cela rend aussi compréhensible la colère et le sentiment d’injustice qui peuvent les habiter.

Il est évidemment difficile d’évoquer une seule faute, une seule raison, une seule responsabilité à la situation actuelle de tension et de dualisation de la cité. Chacun y va de son explication : identification croissante de chacun à ses origines culturelles, retour en puissance de la dimension religieuse, problèmes de chômage, crise économique, discrimination à l’embauche, importation de tensions internationales, échec ou insuffisance des politiques d’intégration et de cohésion sociale menées ces dernières années…Certainement, les raisons et les responsabilités sont-elles partagées et diversifiées.

Quoiqu’il en soit, si l’on veut « re-souder » la ville avant qu’elle ne se fracture complètement, il est urgent que nous, acteurs politiques, prenions la mesure de l’enjeu. Sans nous voiler la face, analyser les faits, la situation, évaluer les causes, accepter de remettre en question, voire en cause, certaines de nos politiques passées et proposer les mesures qui s’imposent.

En tout cas, le monde politique dans son ensemble (et pas seulement les pouvoirs communaux) doit prendre ses responsabilités. Il faut agir parallèlement sur l'école, la formation professionnelle, l'ouverture de quartiers, la décristallisation des différences religieuses et/ou culturelles, l'emploi, l'urbanisme et penser la politique en termes d'émancipation plutôt que de simple cohésion. C'est un travail de longue haleine, qui pourra donner des résultats à moyens terme, mais il est urgent de s'y atteler si on ne veut pas sacrifier une génération supplémentaire.

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Intervention de Didier Coeurnelle

Dans le débat qui a suivi, mon collègue Didier Coeurnelle a fait une intervention qui résume bien l'état d'esprit dans lequel nous sommes. Je vous la soumets :

" Vivre ensemble c'est difficile mais passionnant. Dans ce domaine, la dimension sociale est fondamentale mais ce n'est pas la seule dimension. Je lutte pour plus d'égalité sociale depuis près de 30 ans mais il y a aussi d'autres questions à aborder. Je fais partie, comme écologiste, de ceux qui pensent que l'intégration n'est pas un échec mais qu'elle n'est pas encore réussie. A Molenbeek et ailleurs la situation que nous vivons trop souvent, c'est vivre les uns à côté des autres et non pas les uns avec les autres.

Parmi les aspects du vivre ensemble, une des richesses, c'est de pouvoir changer et se respecter. Se respecter, cela signifie notamment accepter des manières de s'habiller différentes. Il faut pouvoir porter le voile à Wolluwe-Saint-Lambert mais aussi pouvoir se promener en jupe à Ribaucourt. Pouvoir changer, c'est, par exemple, lorsqu'une personne est issue d'une famille athée, pouvoir acquérir la conviction que notre planète a été créée par un être suprême. Mais c'est aussi, lorsque l'on vient d'une famille catholique ou musulmane, pouvoir acquérir la conviction que Dieu n'existe probablement pas. Et, ne nous voilons pas la face, c'est parfois perçu comme plus difficile aujourd'hui qu'hier.

Je pense enfin qu'il est souhaitable de permettre la confrontation des idées. Il y a une conception "politiquement correcte" qui pousse à éviter cela. Mais c'est de cette rencontre que peut naître un enrichissement. De la même manière qu'il y a plus dans deux têtes que dans une, il y a plus dans la rencontre de deux et, a fortiori, de plusieurs cultures que dans une culture isolée."