Gauche assistanat versus gauche élitiste? Moi je dis gauche émancipatrice.
Par Sarah le mercredi 13 mai 2009, 19:30 - Elections régionales 2009 - Lien permanent
J'ai écouté avec une attention certaine Philippe Moureaux (qui est quand-même mon bourgmestre) mardi matin sur l'antenne de la première. J'ai souri quand il a reconnu à Ecolo le droit d'être de gauche, mais une gauche un peu élitiste qui a participé de cette attaque contre l'assistanat; pour reprendre ses mots.
Selon lui, si on attaque l'assistanat, on est donc élitiste et l'on met à mal le social...
Selon moi, et selon Ecolo, on peut tout à fait être social et sans aucun doute de gauche tout en dénonçant les dérives de l'assistanat. Etre de gauche, c'est être pour un Etat assez fort pour avoir les moyens de donner les mêmes chances à tous et préserver la solidarité entre tous. C'est donc un Etat qui régule et un Etat qui redistribue les richesses de façon solidaire et équitable. Mais, pour moi c'est aussi un Etat qui redistribue le pouvoir de décision entre tous, c'est un Etat démocratique, participatif. C'est donc un Etat qui émancipe.
Je ne crois pas au projet qui vient d'en haut pour le bonheur d'en bas, je crois que le bien-être est lié à la dignité et que la dignité est liée à la fierté de sentir qu'on a une place et un rôle à jouer dans la société.
Je crois également que la réussite durable d'un projet n'est possible que par l'adhésion d'un maximum d'acteurs, même s'il faut un peu plus de temps pour informer, sensibiliser, voire convaincre et même si le projet peut évoluer avant même sa mise en place, car on n'a jamais raison tout seul.
Evidemment, au niveau d'un projet de société, tout cela peut paraître être de vains mots. A partir de quand une démocratie est-elle réellement participative? Comment gérer le dilemme quand l'urgence à parer est telle que les rustines à placer ne laissent plus de moyens pour la réforme à long terme?
Cette question, je l'ai aussi entendue lorsque je travaillais chez Oxfam, à propos du travail d'aide humanitaire. Quand il y a une catastrophe naturelle, ou une guerre, les premières victimes sont toujours les personnes les plus faibles, les plus démunies. L'aide d'urgence doit permettre aux victimes de survivre, tout simplement survivre : médicaments, eau, nourriture, toit. Néanmoins, une fois la toute première aide d'urgence arrivée, une fois la survie assurée, l'aide humanitaire est aussi celle à la reconstruction de ce qui a été détruit. Et au sujet de cette étape, toute une réflexion était menée chez Oxfam et chez d'autres ONG, professionnelles de l'aide humanitaire, pour voir comment "profiter" de cette étape de reconstruction pour renforcer les victimes dans leur capacité à réagir et à se protéger en cas de nouvelle catastrophe. C'est ce qu'on appelle, dans le jargon, le "contiguum" : transformer l'esprit de l'aide humanitaire d'urgence en celui renforcement des capacités. Ça peut paraître évident, mais cette nouvelle façon de voir l'aide humanitaire n'est pas toujours bien acceptée par les bailleurs de fonds qui préfèrent parfois la vision simpliste qui divise l'aide aux pays en voie de développement en deux secteurs tout à fait distincts entre l'aide d'urgence d'une part et la coopération au développement d'autre part.
Quel est le lien avec la politique belge et les différentes gauches?
C'est que tout projet d'action sociale, même d'urgence doit se penser avec une vision émancipatrice et que l'action sociale même d'urgence, pensée avec une vision émancipatrice peut donner les outils à la personne non pas seulement pour survivre, mais bien pour vivre AVEC la société.
Un exemple parmi d'autres : les logements sociaux sont très mal isolés à Bruxelles. Avec la montée du prix de l'énergie, le gouvernement a d'abord mis en place un chèque mazout destiné aux plus précarisés pour leur permettre de se chauffer. C'est une rustine qui n'empêche pas la blessure de suinter. En attendant, les logements continuent d'être mal isolés et au-delà de la question financière, il y aussi la question du réchauffement climatique dont les premières victimes seront aussi les plus démunis.
Il a fallu plusieurs mois, plusieurs années pour convaincre (et il n'est pas sûr qu'elle soir vraiment convaincue) la Ministre actuelle du logement qu'investir dans la construction de logements sociaux performants au niveau énergétique était un enjeu d'émancipation. De même, certains partis d e gauche continuent de promouvoir la baisse de la taxe sur l'énergie à 6%. Il vaudrait mieux utiliser les recettes de la TVA à 21% sur le pétrole et les autres énergies polluantes pour mieux isoler les logements sociaux et rendre vraiment indépendants du pétrole les allocataires sociaux!
Alors gauche assistant ou gauche émancipatrice? moi j'ai choisi! Bien sûr la gauche émancipatrice!
Commentaires
Et bien moi, je vote Ecolo depuis 20 ans déjà, et je ne me sens ni de gauche, ni de droite, mais je me reconnais par contre dans le concept d'autonomie qui est central à la "doctrine", et pas assez mis en avant à mon avis.
Si l'intérêt porté aux plus faibles, le désir de justice et d'équité sont en général plutôt considérés comme des valeurs de gauche, une société n'est pas grand chose sans l'envie d'entreprendre, d'échanger, de réussir, qui me semblent plus portées par la droite.
Blog intéressant pour le reste, tu auras ma voix dans quelques semaines ;o)
Assez d'accord avec toi sur le fait que l'autonomie est au coeur de l'écologie et également qu'entreprendre et échanger sont des actes essentiels pour le bon fonctionnement de la société!
Merci pour ton commentaire, en tout cas!
C'est sans doute l'approche la plus honnête et limpide sur cette opposition entre "assistanat" et "élitisme" apposée facilement à l'engagement de gauche.
Le parallélisme avec l'action humanitaire est pertinent et personnellement me parle plus que les envolées lyriques sur la transparence et la bonne gouvernance ou l'éthique entendues en boucle dans chaque formation politique (écolo compris).
L'émancipation est ceci dit un créneau central des origines de la gauche (le droit à l'éducation, aux congés payés ou encore la réduction du temps de travail). Mais il semble que la gauche institutionnelle (le PS) l'aie oublié.
"Transformer l'aide humanitaire en renforcement des capacité" est tout l'enjeu ... cela me fait penser au même parallélisme quant à l'histoire de ma profession -assistant social- où la laïcisation/professionnalisation de la profession a donné lieu dans les années 30 et 50 au dépassement des pratiques de "charité" (foncièrement réactionnaires) au profit de la mobilisation des ressources des usagers/habitants/allocataires.
Je ne pourrais pas te donner mon vote (je suis liégeois, même si je travaille pour Bruxelles) mais le coeur y est: bonne campagne donc!
Merci François pour ton commentaire! L'exemple de la transformation de l'action sociale que tu donnes va effectivement dans le même sens. Bon combat à Liège!
Ces questions de "laver plus gauche que gauche" n'intéressent-ils pas que les politiques? On s'en fout un peu non?
Je considère qu' Ecolo est ... centre avant. Quand on parle d'émancipation, on prend position pour la créativité, donc l'initiative. Il n'y a aucune raison de laisser les entrepreneurs aux mains de partis tels que le MR. Au fond, qu'est-ce que la droite? Si la droite ce sont les conservateurs, alors oui, Ecolo est à gauche. Mais si la droite c'est la philosophie tirée du libéralisme, selon laquelle l'épanouissement de l'individu passe par son auto détermination, la jouissance de sa liberté (la liberté s'arrêtant là où commence celle de l'autre) et que sa propre créativité est la clef de son bonheur, n'y -a-t'il pas là un terrain praticable pour l'approche que tu évoques?
Quand à Moureau, ce genre d'attaque n'est pas neuve, cfr 2007: http://www.plennevaux.be/alexandre/...
tiens au risque de faire de l'auto-promotion éhontée, je retrouve ce billet-ci sur le même sujet, plutôt comique à lire : http://www.plennevaux.be/alexandre/...
Tout cela est une question de mots. Si quelque part, je te rejoins sur le fait que le positionnement à gauche et à droite peut être dépassé par d'autres positionnements correspondant mieux aux enjeux d'aujourd'hui, je crois néanmoins que le clivage gauche-droite est encore bien présent dans les esprits et les gens veulent savoir comment on se positionne (pour ma part, ej suis très souvent interpellée sur cette question). Le problème évidemment est que chacun peut donner sa définition de ce que veut dire être de gauche et être de droite. J'exprime donc ici le sens que moi je donne à mon engagement de gauche.
Tiens, un peu de lecture pour ceux qui seraient intéressés par les engagements écologiques de l'ultra-gauche:
http://fabrice-nicolino.com/index.p...