Une rencontre riche avec un groupe de femmes - Episode 2
Par Sarah le dimanche 19 avril 2009, 11:30 - Dialogue interculturel - Lien permanent
Suite de ma rencontre avec ce groupe de femmes.
Je disais donc quatre moments forts. Je vous ai relaté l'enjeu de l'école. Je voudrais aborder ici la question de l'emploi des jeunes issus de l'immigration et de l'importance du dialogue interculturel.
La question de l'emploi des jeunes
Autre temps fort de cette rencontre lorsqu'on a abordé la question de l'emploi des jeunes. Il s'agit de l'emploi de leurs enfants en fait.
Avec une grande lucidité, et rejoignant ainsi le constat que j'avais déjà entendu de la part de différents acteurs économiques et sociaux, une maman, dépitée, constate : "nos filles trouvent du travail, oui, mais nos garçons pas!". Une autre de rajouter : "C'est comme çà, nos filles sont jolies et sont engagées. Nos jeunes, eux sont victimes du délit de sale gueule".
On ne peut rien redire à ce constat. Sans rentrer dans l'analyse précise de ce qui fait que les jeunes femmes d'origine marocaine (dans ce cas-ci) trouvent du boulot plus facilement que leurs frères, force est de constater qu'elles sont plus appréciées par les employeurs : question de qualification? de comportement? d'acceptation du système? d'intégration?
Si le constat est simple, les causes sont multiples et les réponses à y apporter complexes. Mais pour ma part, j'estime que c'est une des conséquences de la politique d'accueil démunie de vision telle qu'elle a été menée durant ces décennies. Combattre le décrochage scolaire, ne pas considérer les filières techniques et professionnelles comme le lieu pour celles et ceux qui ne réussissent pas dans le général ou pire pour celles et ceux qui ne correspondent à l'élève modèle dans l'enseignement général, reconsidérer à leur juste valeur ces filières techniques et professionnelles qui permettent de former des jeunes à des métiers tout aussi, voire plus, constructifs de la société. Combattre la ghettoïsation de certains quartiers et le repli sur soi de chacune des composantes de notre société multiculturelle. Ce sont quelques-uns des combats à mener pour permettre aux jeunes issus de l'immigration de trouver tout autant du boulot que leurs soeurs
Comme le disait une des femmes : "Ca veut dire quoi intégration? On a l'impression qu'il y a confusion des genres entre "assimilation" et "intégration".
L'importance de la rencontre et du dialogue interculturel
Nous avons ensuite abordé une question qui prend tout doucement de l'ampleur dans la communauté arabe de Bruxelles : l'accueil des personnages âgées issues de l'immigration dans les homes et seigneuries.
Cette question est nouvelle et amène avec elle une série d'autres questions. La coutume qui veut que les familles s'occupent de leurs vieux et les logent a du mal, de plus en plus de mal, à s'accommoder à la réalité socio-économique des familles installées à Bruxelles. Logements trop petits, familles dispersées, emploi du temps trop chargé... De plus en plus de personnes âgées doivent finalement être accueillies dans les homes et seigneuries.
Or, ces personnes âgées, de la première génération, qui sont nées au Maroc (ou ailleurs), y ont parfois vécu jusqu'à l'âge adulte, sont très attachées à leur culture et les homes de chez nous ne sont pas encore adaptés,pas habitués à devoir prendre en compte la diversité culturelle, religieuse,... Du coup, ces vieux, parce qu'il sont coupés de ce qui est leur fondement, parce qu'ils doivent vivre selon un mode auquel ils n'ont jamais été habitués, parce qu'ils n'ont pas accès à un espace pour leurs prières, parce que la nourriture, les horaires, les fêtes ne sont pas les leurs, ils se sentent seuls, perdus. Ils sont tristes, et ils dépriment et leurs familles s'inquiètent.
La solution n'est évidemment pas de créer des homes pour les personnes de confession musulmane. Non, il faut aller vers un modèle interculturel. Un modèle qui fonctionne sur des accommodements raisonnables : des accommodements qui permettent à la personne de se sentir en accord avec son identité culturelle, religieuse,... et qui ne met pas à mal le service pour tous. Tenir compte de la différence de chacun ET de l'intérêt général.
Qu'intégration rime avec compréhension( cum-prehendere : saisir ensemble) et non pas avec assimilation
Le dernier point fort de cette visite tout bientôt dans un prochain billet.