Oeuvrer au dialogue interculturel dans les écoles de Molenbeek
Par Sarah le dimanche 8 mars 2009, 13:50 - Ecole - Lien permanent
En janvier, le Conseil communal de Molenbeek a voté (Ecolo y compris) a voté une motion suite à la situation dramatique à Gaza. Outre la dénonciation de l’injustice et la violence des combats menés dans cette région du monde, cette motion pointait également les inquiétudes à avoir sur l’impact de ce conflit ici à Bruxelles, notamment dans l’intensification des tensions communautaires.
Sur proposition d'écolo, une des décisions de cette motion était d'inviter
les écoles à organiser des activités oeuvrant au dialogue
interculturel.
Les écoles démunies pour répondre à la nécessité de dialogue interculturel
Au conseil communal de février, je suis revenue sur le sujet. En effet, des échos que nous recevons, il semble que le conflit israélo-palestinien soit devenu l’étendard d’un combat contre l’injustice auquel nombre de jeunes et moins jeunes de nos quartiers se sont identifiés. Et face à l’expression de leur sentiment d’injustice, il apparaît que nos écoles et leurs instituteurs soient démunis d’outils appropriés pour y répondre.
Je vous donne un exemple, parmi d’autres, exemple anecdotique mais qui exprime le malaise tout à fait justifié que peut ressentir le corps professoral face à une expression collective qui les dépasse : dans une cour de récréation, il y a deux, trois semaines de cela, des enfants de 2ème et 3ème primaire ont commencé à imiter la manifestation du 31 janvier dernier en scandant « Israël, assassin, la Palestine n’est pas à toi » et se sont vus affligés d’une punition collective. La justification que les professeurs ont donné aux enfants « Si vous continuez, on va finir par dire « les Arabes dehors » ».
Bruxelles fragmentée en quartiers
Au-delà de l’émotion que peut susciter le drame qui se vit au quotidien dans la bande de Gaza, il est de notre responsabilité politique de s’interroger sur les raisons qui poussent les populations de nos quartiers à tant s’identifier à ce conflit en particulier. Et l’on peut aisément comprendre que la question identitaire et communautaire qui se pose pour les populations arabes et /ou musulmanes de nos quartiers et le malaise identitaire qui fait balancer les jeunes entre ici et là-bas soit une des raisons, même si elle n’est pas la seule.
Des études de plus en plus nombreuses montrent combien Bruxelles est fragmentée en quartiers et les jeunes, en particulier, sortent peu de leurs quartiers ou en tout cas fréquentent peu et connaissent peu les autres quartiers car ils s’y sentent mal à l’aise, voire étrangers. Ils restent donc non seulement confinés dans leur zone mais également préfèrent se regrouper selon leur appartenance culturelle, ethnique et/ou du pays d’origine. Et dans les quartiers plus précarisés, comme Molenbeek en connaît, il semble que cela soit encore plus marqué.
Le dialogue interculturel, une clé essentielle pour la citoyenneté
Or peu importe de quels quartiers ils viennent, tous ces jeunes sont bruxellois et doivent pouvoir avoir les outils pour comprendre leur ville multiculturelle, pour pouvoir saisir les opportunités de s’y sentir bien et d’y construire plus tard leur vie, d’y trouver un emploi,…
Au delà de la question de la réussite scolaire, il y a l’enjeu que tous ces jeunes se sentent appartenir à la même ville. Et que lorsqu’ils sortent du quartier et qu’ils se retrouvent face à d’autre Bruxellois, issus d’autres quartiers, avec un autre bagage culturel, religieux, socio-économique et/ou scolaire, ils ne se sentent pas perdus, ni étrangers.
Pour prendre un exemple concret : quand un enfant, issu d’une famille d’origine marocaine, de religion musulmane et que tant dans son quartier qu’à l’école, il fait partie du groupe majoritaire, que cet enfant reste confiné dans ce quartier où il se sent bien, sans doute aussi parce qu’il a le sentiment de faire partie du groupe majoritaire et qu’il se sent donc chez lui, en terre connue, et qu’il n’a pas d’occasion d’être confronté à d’autres réalités de vies pourtant existantes à Bruxelles, quand cet enfant grandit et que plus tard, il sort du quartier et se retrouve confronté à d’autres réalités de Bruxelles où il est loin de correspondre à la majorité, comment peut-il se sentir chez lui, comment peut-il ne pas être mal à l’aise, s’il n’a jamais pu sentir, apprendre l’importance de l’interculturalité dans une ville cosmopolite comme Bruxelles ?
Pour éviter cet effet de ghettoïsation qui, semble-t-il, a tendance à croître, le politique doit prendre ses responsabilités. Une des pistes, mais certainement pas la seule, est de travailler avec l’école à l’ouverture à l’autre et au dialogue interculturel. Mais comme je le disais, malheureusement, nos professeurs ne peuvent pas porter toutes les missions de la société et ils n’ont pas nécessairement les outils appropriés pour faire ce travail. Mais des associations d’éducation permanente, d’éducation à la citoyenneté, existent et peuvent entrer dans l’école pour les aider. Il faut donc que les pouvoirs communaux et la Communauté Française prennent des initiatives allant de ce sens et aident les écoles à entreprendre de telles démarches.