Ce samedi 25 septembre, Ecolo a fêté dignement ses trente ans. Pour
l'occasion, un film, un livre et une expo ont été réalisés. Toutes les infos
sur www.etopia.be. Ci-dessous, un extrait du
discours que j'ai prononcé à cette occasion.
(...)
Cet anniversaire c’est l’occasion d’arrêter notre regard sur le passé et de
voir en quoi il nourrit l’avenir et le projet que nous portons.
D’une certaine manière, j’avais déjà vécu ces moments à la fois
rétrospectifs et prospectifs, quand j’ai participé en 2007 à la réalisation du
film qui retraçait l’histoire des conseillers communaux Ecolo à Bruxelles. J’y
avais alors découvert, avec émotion, cette tranche de l’histoire de mon parti.
J’y avais entendu, comme aujourd’hui d’ailleurs, avec un brin de nostalgie, les
témoignages de ces premières années où Ecolo a décidé de défier le monde
politique.
Ecolo, qui était le poil à gratter, qui dérangeait avec ses questions
parfois naïves qui prolongeaient les séances des assemblées jusqu’à pas d’heure
mais qui amenaient enfin du débat dans l’enceinte du conseil communal.
Ecolo, le subversif, qui comme action de dénonciation joignait l’acte à la
parole et enlevait les panneaux publicitaires de l’espace public,
Ecolo, le créatif, qui se retroussait les manches pour rénover entièrement
une plaine de jeux dans un quartier délaissé par son autorité communale,
Ecolo, l’original, dont le député fédéral se faisait conduire par un
chauffeur sur un tandem au Parlement.
Nos modes d’actions et de communication ont bien entendu évolué en trente
ans. Et au delà de toute nostalgie, c’est une fierté.
(...)
Je suis fière que notre parti, qui n’était alors qu’un mouvement, soit né de
l’indignation face aux injustices sociales, démocratiques et environnementales.
Je suis fière qu’il ait accompagné ces revendications et dénonciations // par
des propositions solides et durables. Je suis fière de ces combats et de ces
victoires, de ces changements politiques ou culturels qu’il a pu obtenir au fil
de son histoire, au niveau local jusqu’à l’échelle internationale. Et je suis
fière que d’une posture surtout dévolue à l’opposition ou à la dénonciation,
nous soyons arrivés à un parti qui, comme l’actualité le montre tous les
jours,est toujours prêt à assumer ses responsabilités,de façon sereine et
constructive.
(...)
Nos expériences de participation bien sûr ont fait évoluer notre parti, ses
modes de communication et de participation. Mais est-ce grave docteur? L’utopie
a-t-elle disparu ?
Non ! Et il est vital, pour nous écologistes, de garder un idéal quand
on tente au quotidien de façonner, comme des architectes, la société dans
laquelle on vit et notamment lorsque l’on participe au pouvoir. Cela n’empêche
évidemment pas de faire preuve de pragmatisme dans notre manière de faire de la
politique, pour faire avancer notre projet de société de façon concrète, et
pour dépasser l’incantation.
(...)
Trente ans, ce doit donc être aussi l’occasion de se poser collectivement un
certain nombre de questions qui vont nous faire encore grandir et avancer. Des
questions cruciales autour des tensions ou des dilemmes qui traversent le
projet écologiste.
Je voudrais en citer trois : Tout d’abord, le dilemme de la croissance,
(re)mis en lumière par Tim Jackson, dans son livre « prospérité sans
croissance ». Nous savons qu’atteindre nos objectifs écologiques est
pratiquement impossible dans un monde qui ne modifierait pas ses rapports à la
croissance, et en particulier à la croissance des émissions polluantes ou des
ressources de la biosphère qu’il met à contribution. Mais nous savons tout
aussi bien que la croissance du bien-être est tout à fait nécessaire autant que
le financement des fonctions collectives ou la croissance de la solidarité.
Nous n’avons pas d’autre choix que de prendre ces paramètres en compte pour
faire évoluer le modèle de société et atteindre un nouvel équilibre permettant
à toutes et tous aujourd’hui et demain d’avoir droit au bien-être.
Il y a le dilemme, permanent, de la démocratie : nous voulons assurer
la participation de chacun au changement social mais nous sommes aussi
confrontés à la lenteur des processus démocratiques et aussi à l’attachement
d’une partie importante de la population au mode de vie actuel. La
participation de chacun au façonnement de la société directement ou par
délégation nécessite perpétuellement d’être réinterrogée car elle n’est pas un
acte qui va de soi. Et les contraintes citées, de lenteur des processus
démocratiques et de la crainte naturelle du changement, ces contraintes amènent
avec elles leu lot de déception et de désillusion par rapport au modèle
démocratique. Ce que nous vivons aujourd’hui, avec la crise institutionnelle en
est une démonstration. La démocratie doit se réinventer chaque jour.
Sans parler ici de notre idéal de démocratie participative qui nous est
chère tant nous pensons qu’elle est source d’émancipation et de justice. Il
nous faudra encore être poil à gratter, créatifs et originaux pour faire
avancer ce projet.
Enfin, il y a le dilemme des alliances : nous savons par exemple que
les personnes les plus défavorisées sont le plus souvent attachées au maintien
du mode de vie actuel et qu’elles ne veulent pas renoncer à atteindre un
certain niveau de consommation. et parallèlement, les personnes à revenus
supérieurs (et souvent aussi à empreintes écologiques supérieures…) sont les
plus réceptives aux discours sur les changements de mode de vie. Sur quels
acteurs et sur quelles alliances devons-nous nous appuyer en priorité ? Ne
devons nous pas repartir tout simplement de la question de la justice, et
notamment de la justice sociale et redistributive : il n’y aura pas de
justice à l’égard des générations futures s’il n’y a pas de justice plus grande
ici et maintenant.
Affronter ces dilemmes ne se fera pas seulement à coup de solutions
techniques. Mais aussi d’arbitrages politiques, et d’un travail social et
culturel.
Travailler ces dilemmes,ces tensions, les nommer, les mettre en relation, en
débattre pour en faire naître des propositions d’action, c’est le travail
politique et démocratique de construction d’un monde commun auquel nous devons
sans cesse nous atteler.
(...)