Le mouvement politique des objecteurs de croissance a interpellé Ecolo sur le thème « La prospérité sans croissance, changement de paradigme ou opération de communication ? » Selon eux, Ecolo ne porterait pas assez haut les exigences que nécessite la prospérité sans croissance. (cfer leur courrier en pièce jointe). José Daras, président d’etopia et moi-même leur avons répondu car ce débat nous paraît d’une haute importance. Voici quelques extraits du courrier (dont vous trouverez l’intégralité en pièce jointe)
Faut-il rappeler que le clivage entre productivisme et anti-productivisme est au coeur de notre identité politique ? Il constitue le principal de nos traits idéologiques distinctifs vis-àvis de l’ensemble des autres familles politiques : à côté des enjeux de gouvernance, c’est principalement la critique du consensus productiviste qui fonde notre raison d’être, c’est notre conviction profondément ancrée, que la croissance ne fait pas plus le bonheur que les gains de productivité ne font la prospérité, qui guide notre action et lui donne sens.
Mais il ne suffit pas d’être convaincu pour convaincre et pour mener une action efficace permettant réellement la transition de la société vers une modèle de société écologique.
Nos convictions doivent s’accompagner d’un programme précis et opérationnel. Or, dans notre société de croissance l’élaboration d’un programme « post-croissanciste » capable d’élaborer un système de solidarité qui tienne la route – sans même mentionner le nécessaire travail d’alliances et de contagion culturelle propre à susciter l’adhésion à celui-ci – relève encore largement de la tâche à accomplir. Face à l’immensité de la tâche à accomplir, la difficulté de nouer des alliances, le carcan des contraintes internationales et la conscience réaliste de notre poids politique, nous nous sommes d’abord concentrés sur ce qui paraissait politiquement atteignable aujourd’hui dans un contexte culturel largement hostile et de convaincre par l’exemple plutôt que d’imposer par la force.
C’est sans doute d’ailleurs ce qui distingue notre logique d’action de celle du mouvement politique des objecteurs de croissance, à savoir l’objectif final que nous assignons à un parti politique écologiste : la capacité d’intervenir – de peser – sur le réel et sur son évolution.
Nous sommes convaincus – sous condition d’un rapport de force suffisant – que la participation à des gouvernements permet de faire avancer les buts de l’écologie politique.
Si nous voulons peser sur le réel, serions-nous plus efficaces si nous étions plus radicaux ? Sauf à nous transformer en nombrils avec haut parleur, nous ne pouvons pas porter en bannière la radicalité sans résultats. Or, ces résultats peuvent-ils dans un temps court être à la hauteur des attentes portées par une posture radicale ? Non. Il faut éviter que l’exigence de radicalité nous réduise à un désordre de bonnes volontés et nous conduise à un courageux isolement.
Quant aux défis écologiques et sociaux du XXIe siècle, ils nous obligent à une réforme en profondeur de la société et à une mobilisation sociale sans précédent. Il nous faut construire un cadre global, une politique qualitative autant que quantitative qui anticipe les évolutions à long terme et intègre les aspects économiques à un projet d’avenir dynamique.
Cette vision politique globale doit comporter des pistes d’action à disposition du plus grand nombre. Chacun, chaque acteur social et économique, chaque pouvoir public, quel que soit son niveau, doit pouvoir s’y investir. ECOLO a pour vocation d’interroger le pouvoir là où il se trouve et notre capacité à le changer en nous améliorant.
Nous n’avons pas la solution tous seuls mais nous considérons que nous pouvons bien plus que d’autres constituer une partie des forces d’où viendront les solutions. Car il se trouve que, dans le champ politique, nous sommes relativement bien outillés pour sortir des sentiers battus.
Quel est ce chemin d’une sortie de crise qui tienne compte de la complexité ? Nous sommes de plus en plus nombreux à le savoir, bien au-delà des écologistes : « LA croissance » ne peut plus constituer ce chemin. « LA » décroissance le pourrait-elle davantage ? Face aux nombreux problèmes vitaux à résoudre (notamment, à côté des questions environnementales, le financement de la solidarité), il n’y aura pas UNE « hypersolution », totalisante. Mais on sait que des chemins existent pour assurer une «prospérité sans croissance, dans les limites de la planète » et que cela imposera des révisions drastiques du modèle productiviste. C’est de cela qu’il faudra parvenir à débattre avec l’ensemble des forces politiques, sociales et citoyennes : que voulons-nous voir croître, que voulons-nous voir décroître ? Il s’agira ensuite de réunir un consensus le plus large possible pour le réaliser démocratiquement.
Nous savons bien que les forces sociales nécessaires à la mise en oeuvre politique d’une transition écologique sont trop faibles pour être dispersées de gaité de coeur ou embourbées dans des querelles sémantiques ou de vains procès d’intentions. Face à l’urgence, nous avons plus que jamais besoin de toute la coopération des forces de changement, au-delà de leurs attitudes éthiques ou existentielles respectives.#