Sarah Turine

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lundi 17 mai 2010

Quand les poissons et les requins vivront en paix

Dimanche 16 mai, j'étais conviée au rassemblement de soutien à Gilad Shalit, organisé par l'association "Soutien belge à Gilad Shalit" et le Cercle Ben Gourion. Gilad Shalit c'est donc ce jeune soldat qui a été enlevé par le Hamas il y a près de 4 ans.Il était important pour moi d'être présente à ce rassemblement. Parce que la défense des droits de l'homme est une valeur fondamentale sur laquelle repose le combat démocratique. Et parce que même s'il peut exister de grosses divergences d'opinion politique sur le conflit israélo-palestinien entre Ecolo et une partie de la communauté présente à ce rassemblement, il existe aussi des points de ralliements et des faits sur lesquels nous sommes en accord. Par ailleurs, il est important de maintenir le dialogue, de pouvoir faire la part des choses.

Voici le discours que j'y ai tenu :

{{Le conflit israélo-palestinien pèse de puis trop longtemps, au quotidien, sur les populations d'Israël et des territoires palestiniens. Au delà des divergences politiques ou d'opinion qui entourent ce conflit, il est des faits tout à fait inacceptables et qui doivent être dénoncés et combattus avec force. Le cas triste et célèbre de Gilad Shalit en fait partie. Son enlèvement depuis près de 4 ans, le non respect de ses droits fondamentaux et le fait que tant sa famille que les autorités israéliennes et françaises sont empêchées d'obtenir des informations sur son état de santé est tout à fait inacceptable. En mars dernier, les députés européens ont voté une résolution demandant au Hamas la libération du Sergent Shalit. Si c'est déjà un pas, ce n'est pas suffisant. Il faut continuer de taper sur le clou, mettre la pression maximale pour qu'enfin cette libération ne soit plus que des mots. Et dans le délai, le plus court possible, avant cette libération, nous exhortons le hamas d'accorder au Sergent Shalit les droits et privilèges conformes à la convention de Genève et nous demandons au Hamas d'autoriser le CICR à rendre visite au Sergent Shalit et lui permettre de prendre contact avec sa famille. D'une façon plus générale, nous soulignons l'importance de progresser vers une solution fondée sur l'existence de deux états et souhaitons fortement la reprise des négociations entre Israël et l'autorité palestinienne. Nous insistons sur le fait que des mesures venant de l'ensemble des parties, visant à instaurer un climat de confiance mutuelle seront de nature à créer des conditions favorables pour qu'il n'y ait plus d'enlèvement comme celui de Guilad. Nous exhortons donc les responsables politiques de l'ensemble des parties à aller dans ce sens. pour permettre au Sergent Shalit, à sa famille de trouver une vie digne de ce nom et à l'ensemble des populations israéliennes et palestinienne de croire encore que vivre en paix est possible}}.

En arrivant, j'ai reçu la version française du conte que Guilad Shalit a écrit à l'école quand il avait 11 ans. Un conte racontant l'histoire d'un enfant poisson et d'un enfant requin qui bravent l'interdiction de jouer ensemble formulée par leurs parents, deviennent amis et permettent ainsi finalement que poissons et requin vivent en paix. Elle existe en vidéo

Belle métaphore évidemment de la part d'un enfant vivant dans un pays menacé perpétuellement par la guerre. Evidemment, en choisissant un poisson et un requin dont on sait pertinemment bien, quand on est adulte, que dans la chaine naturelle, l'un est le prédateur de l'autre et l'on ne peut y changer,cette métaphore peut être renversée et tomber dans le fatalisme. MAis de la part d'un enfant, le message est fort. Passons au-delà des préjugés que l'ancienne génération nous transmet parce que, plus fort que nous, nous aspirons à la paix et au dialogue avec celui qui est considéré comme notre ennemi. Quelle ironie du sort que cet enfnat-là soit pris au piège d'un ennemi qui est allé dans le sens inverse de l'espoir de Guilad et qui a radicalisé les tensions. Néanmoins, je garde précieusement ce conte qui, avec la candeur et la naïveté enfantines, nous permet néanmoins d'attiser l'espoir qu'une paix est possible.

lundi 10 mai 2010

13 juin 2010

affiche 2010

dimanche 9 mai 2010

Pourquoi aller voter?

En colère

Je suis en colère. D'abord comme citoyenne.

En colère parce que ce qui s’est passé ces dernières semaines, ça ne fait pas très sérieux.

Parce qu’on a l’impression que les politiques participent à une mascarade alors que les effets de la crise économique et financière continuent de se faire sentir, Inbev, Opel, Carrefour ne sont pas loin. Une nouvelle crise bancaire s'annonce...

Parce que l’Europe a le regard tourné vers nous à deux mois de la Présidence belge de l’Union européenne. Quelle image donne la Belgique, siège de la Capitale de l'Europe?

Parce que ce problème de BHV, on l’entend seriner depuis trop longtemps sans plus vraiment savoir de quoi il s'agit.

Je suis en colère comme écologiste aussi.

Nous les écologistes qui mettons un point d’honneur à défendre un projet de société qui dépasse les frontières linguistiques, nous Ecologistes du Nord et du Sud qui avons retroussé nos manches et qui, depuis les bancs de l’opposition avons participé aux négociations.

Oui, je suis en colère. Après avoir vu autour de la table de négociation des avancées de part et d’autres avec une réelle volonté d’aboutir, cette fois, à un accord, je suis sidérée de voir combien tout cela peut s’effilocher d’un coup si l’un des partenaires autour de la table ne joue pas avec les mêmes règles et ne prend pas ses responsabilités.

Mais que vais-je en faire de cette colère ?

Comme citoyenne, je pourrais bien sûr dire que je n’irai pas voter cette fois. Comme représentante politique, je pourrais aussi dire que je vais aux élections en marche arrière.

Mais, comme citoyenne et comme représentante politique, ai-je vraiment le droit de laisser tomber les bras, de laisser la démocratie s’enliser dans des querelles d’intérêts particuliers ?

Non, mille fois non !

Un nouveau souffle

Ne pas voter signifierait renoncer, rajouter du blocage au blocage, donner ma voix à d'autres qui ne pensent pas comme moi, au risque de laisser les mêmes gouverner avec des méthodes qui ne fonctionnent pas.

Les trois partis traditionnels (PS, MR, CDH) étaient dans ce gouvernement fédéral. Un gouvernement qui depuis son entrée en fonction est sans souffle, incapable de travailler collectivement et de porter un projet commun. Composé de partis politiques qui n'ont plus de liens avec leur ancienne famille de l'autre côté de la frontière même s'ils gouvernent ensemble au fédéral. Comment s'étonner dès lors que les négociations aient abouti à un blocage?

La génération écologiste est née alors que la frontière linguistique existait déjà. Et dès leur création les partis verts, Groen et Ecolo ont collaboré de façon structurelle, dépassant leurs divergences, se renforçant sur leurs points communs. Cette capacité d'ouverture et de dialogue a permis régulièrement de mettre des solutions sur la table. Cette capacité de transformer les divergences en solution par le respect et le dialogue, il semble qu'elle manque cruellement aux partis traditionnels.

Il est temps que prenne un peu plus de place cette nouvelle génération, la génération écologiste, une génération généreuse, respectueuse et solidaire.

Parce que s’il y a bien un parti politique qui a pris ses responsabilités et qui n’a pas mangé sa parole dans cette crise, c’est Ecolo (et Groen)

- Ecolo qui dans le cadre de ces négociations a travaillé en parfaite entente et concertation avec Groen tout en participant aussi à la concertation avec les autres représentants francophones.

- Ecolo (et Groen) qui depuis les bancs de l’opposition a accepté de participer aux négociations, malgré ses critiques profondes sur le fonctionnement et le manque de projets de ce gouvernement.

- Ecolo (et Groen) qui, dans ce dossier, comme dans tous les autres, a toujours gardé l’exigence d’une vision globale et cohérente portant des solutions durables à court, moyen et long terme.

Aujourd'hui, je dépasse ma colère. J'ai confiance en notre message écologiste, en notre force de changement responsable et je voudrais pouvoir amener les citoyens à garder confiance en notre démocratie, confiance en l’avenir, confiance en notre projet d’Ecologie politique.

samedi 24 avril 2010

Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d'où tu viens

De l'Arménie à Bruxelles-Hal-Vilvoorde

Ce proverbe africain a été cité par Monsieur Mahmourian dans son discours lors de la 95ème Commémoration du Génocide des Arméniens qui se tenait, comme chaque 24 avril, ce midi à Ixelles. Autour de lui, bien sûr de nombreux Arméniens, mais aussi des représentants de la communauté juive et de la communauté rwandaise et des représentants de la classe politique (en tout cas d'Ecolo, notamment Christos Doulkeridis, Isabelle Durant, Barbara Trachte,et moi-même, quelques-un du MR étaient aussi présents).

"Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d'où tu viens" prend tout son sens dans la bouche d'un représentant d'un peuple victime d'un génocide. La mémoire du passé, aussi tragique et terrifiant soit-il, est importante. Importante pour le peuple en question. Une jeune fille disait dans un poème "On m'a assassiné et j'ai survécu". Pour ne plus uniquement survivre, mais pouvoir revivre, vivre dignement, un peuple doit retrouver son intégrité, doit connaître son histoire pour anticiper les menaces. Cette mémoire du passé est nécessaire pour les autres aussi, les descendants des génocidaires, mais aussi l'ensemble des êtres humains. Quand l'homme est capable, collectivement et froidement de commettre un acte d'une telle barbarie qu'est tout génocide, on ne peut pas se le cacher, ni l'oublier. La conscience de chacun d'entre nous doit le savoir. C'est une des balises nécessaires pour que cela ne se reproduise plus.

"Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d'où tu viens", Monsieur Mahmourian a aussi adressé ce message aux Belges et à sa classe politique. A l'heure où notre pays frise la crise de régime, où chaque minute qui passe semble radicaliser les propos et les positions de part et d'autres de la frontière linguistique, ce message je l'ai reçu comme une proposition de sagesse. Ce conflit est bien sûr lié à nos identités multiples de Belge, et à notre histoire. Quand en 1795, la France a repris les territoires de la future Belgique aux Hollandais, et a divisé ce territoire en arrondissement, il y avait l'arrondissement de la Dyle reprenant Bruxelles et les deux Brabants. Ces territoires sont intrinsèquement liés depuis longtemps et les langues françaises et néerlandaises s'y sont frottées depuis longtemps également. Il suffit d'écouter le dialecte bruxellois pour s'en rendre compte. Mais ce conflit pourrit aussi l'atmosphère et empêche la classe politique de s'emparer à bras le corps des enjeux sociétaux, sociaux, économiques et environnementaux.

En tout cas s'il est nécessaire d'arriver urgemment à un accord négocié et équilibré sur les questions liées à l'arrondissement de BHV, il est aussi nécessaire que chacun d'entre nous, du Nord et du Sud, nous puissions regarder d'où nous venons, nous Belges,accepter l'inextricable histoire commune des néerlandophones et des francophones, des Flamands, des Bruxellois et des Wallons plutôt que de spéculer sur les résultats électoraux si nous voulons trouver une solution durable et acceptable par tous.

lundi 19 avril 2010

Lutte contre la pauvreté - Il est urgent d'augmenter la part de l'Etat fédéral dans le financement des CPAS

Interview croisée dans La Libre Belgique de ce lundi 19 mars 2010 :

Deux Ecolo, Sarah Turine et Dominique Decoux, lancent un cri d’alarme : “L’Etat devrait rembourser 90 % des revenus d’intégration sociale.”

C’est un cri d’alarme que poussent la coprésidente d’Ecolo, Sarah Turine, et la présidente du CPAS de Schaerbeek, Dominique Decoux (Ecolo, elle aussi). Un cri d’alarme volontairement concerté. L’une et l’autre jugent que la lutte contre la pauvreté passe par une meilleure concertation. Et une plus grande solidarité. Les grandes villes sont confrontées à une hausse des besoins, mais n’ont plus les moyens de faire face. Il y a urgence. Elles demandent que l’Etat fédéral finance davantage les communes pauvres. " Il faut que le fédéral finance jusqu’à 90 % des revenus d’intégration , réclament-elles en chœur. Et que le gouvernement s’interroge lorsqu’il prend une décision sur les effets que cela peut avoir sur les finances des CPAS." Entretien croisé alors que l’Europe a consacré 2010 "année de la lutte contre la pauvreté".

L'article au complet sur le site de la Libre Belgique

mardi 30 mars 2010

Nominée parmi les Bruxellois qui font bouger la Communauté Wallonie-Bruxelles par les journaux Sud Presse!

Petite nouvelle : après le Vlan, c'est au tour de la Capitale de me nominer parmi les Bruxellois qui font bouger la Communauté Wallonie Bruxelles! Cela fait plaisir évidemment. D'autres Ecolos sont aussi nominés dans leur région : Emily Hoyos à Namur, Veronica Cremasco à Liège et Olivier Saint-Amand dans le Centre.

Pour aller sur le site de Sud Presse et voter (avant le jeudi 1er avril), cliquez ici

Voici le petit texte qui me présente :

''La nouvelle coprésidente d’Ecolo, de Molenbeek, devrait en étonner plus d’un en 2010. Plutôt discrète en 2009 et notamment depuis sa désignation à ce poste visible,Sarah Turine,née en1973,a désormais envie de montrer qu’elle peut être aussi influente que son alter ego masculin chez les Verts Jean-Michel Javaux, plus présent sur la scène médiatique. Sarah Turine pourrait, aussi, rapidement devenir l’une des femmes les plus influentes de la politique bruxelloise voire de toute la Communauté française.Une rivale pour les pionnières que sont Laurette Onkelinx et Joëlle Milquet, toutes occupant des postes de ministres, au Fédéral. Jeune et jolie, Sarah Turine n’en reste pas moins une femme de convictions. Sur son propre blog, comme dans ses contacts au quotidien, elle rappelle que l’écologie politique est la voie de demain et la seule qui puisse allier progrès social et développement durable.''

lundi 22 mars 2010

Un islam européen multiple et moderne

Voilà plus d'un mois que je n'ai rien posté sur mon blog. A vrai dire, la vie d'une co-présidente est une vie bien chargée et les quelques soirs encore libres, je tente de les garder pour mes enfants, ma famille, mes amis...Et en regardant mon agenda depuis le 8 février dernier, date de mon dernier post sur ce blog, je dois me rendre à l'évidence que deux sujets de société ont occupé le haut du pavé. Le premier touche à l'Islam européen (j'aborderai le second dans un deuxième billet plus tard dans la semaine).

Le foulard sous toutes ses coutures et en tous lieux

Je disais donc l'Islam européen. Avec, en pointe d'iceberg, les multiples interventions et débats sur le foulard, sous toutes ses coutures et en tous lieux : foulard, burqa, voile? Signe religieux, culturel, identitaire? A l'école, quelle règle pour les élèves, et pour les profs? Et dans la fonction publique, et pour des mandataires politiques? Débat complexe qui nécessite de pouvoir entendre les revendications des un-es et des autres, les craintes de part et d'autre.

Question qui suscite de l'intérêt. Bien plus aujourd'hui qu'il y a deux ans encore. Je me souviens qu'en 2007, lors de la campagne électorale de 2007, les questions sur cette partie du programme étaient rares et si j'en parlais d'initiative, ce sujet laissait indifférent. Deux ans plus tard, durant la campagne de 2009, auprès des mêmes publics, l'intérêt était vif, les réactions étaient fortes, avec une peur grandissante du retour du religieux dans la sphère publique (notamment au nom du combat mené par nos aïeuls pour la séparation explicite de l'Eglise et de l'Etat).

Le droit à un Islam européen

Mais si ces craintes doivent être entendues, le débat se doit d'être constructif et il faut être très vigilant qu'il ne tombe pas dans une instrumentalisation de ces craintes au profit d'un combat nettement moins respectable, le combat contre la reconnaissance d'un islam européen. Ainsi quand, en partant de la nomination de Fatima Zibouh par Ecolo au CA du centre pour l'égalité des chances, certains attaquent le fait qu'elle soit voilée et et prétendent, à tort, que derrière son voile, se cache une intégriste, fondamentaliste,rigoriste parce qu'elle aurait participé à la nébuleuse de Présence musulmane et serait une proche de Tariq Ramadan, non seulement, il y a une instrumentalisation du débat sur le voile, qui cherche à faire du voile le symbole du radicalisme, mais en outre, il y a une utilisation malhonnête d'accusations qui sont non seulement fausses mais qui en outre font croire qu'il y a un agenda caché d'un Islam européen menaçant et radical.

Oui, il y a des organisations musulmanes européennes. Il n'y en a pas qu'une, il y en a plusieurs. Comme il y a des tas d'organisations chrétiennes, juives, Mais faut-il nécessairement en avoir peur? Peut-on reprocher à des jeunes et moins jeunes nés ici, dans des foyers musulmans qui se sont construits ici, de s'organiser, de réfléchir ensemble à leur identité, à leur religion, cette religion venue d'ailleurs avec leurs grands-parents et de la faire évoluer dans le contexte européen, belge?

Non seulement, je pense qu'on ne peut pas leur reprocher, mais en outre, je pense que c'est une bonne chose.On le sait, l'Islam du 20ème siècle est traversé par des courants radicaux. En Afghanistan,au Proche Orient,dans le Maghreb. Et ces courants radicaux ont leur succès chez nous aussi. Principalement après d'une population fragilisée, d'ailleurs. Il faut évidemment combattre les radicalismes de tous bords. Mais faisons confiance à nos concitoyens musulmans. Porter le voile n'est pas nécessairement synonyme de radicalisme. Débattre avec ses pairs sur l'Islam européen n'est pas le signe d'une volonté d'islamiser l'Europe. La ou plutôt les communautés musulmanes se questionnent tout autant que nous les Européens non-musulmans (vu que le débat est clivé ainsi) nous nous questionnons sur le sens, les pratiques de la religion dans notre société moderne.

Tareq Oubrou et la voie moyenne

Si, en tant que laïcs, on a sans doute du chemin à faire pour accepter que modernité puisse rimer avec religion, faisons confiance aux croyants pour qu'ils questionnent leurs communautés religieuses sur l'adéquation des pratiques religieuses dans notre société contemporaine et moderne. D'ailleurs, je vous recommande l'interview de Tareq Oubrou, imam à la grande mosquée de Bordeaux qui passera ce mardi 23 mars sur la 2. Militant pour une voie moyenne entre la tradition musulmane et le respect des lois de la République laïque française, il a ainsi défini un concept de double appartenance très original, intitulé " sharia de minorité " qui, selon lui, doit permettre à tous les musulmans européens de concilier d'une part leurs conceptions religieuses et spirituelles et d'autre part les exigences de la sécularisation en vigueur dans les sociétés occidentales.

Pour donner un exemple d'où le mène sa réflexion, voici un court extrait d'une interview faite au journal le Monde le 15 octobre 2009. A la question "Quelle est aujourd'hui votre position sur le port du foulard islamique ?" Tarek Oubrou répond : "Si je voulais être provocateur, je pourrais dire aux femmes : mets ton foulard dans ta poche. Aujourd'hui, je dis que c'est une recommandation implicite qui correspond à une éthique de pudeur du moment coranique. Pour autant, une femme qui ne le met pas ne commet pas de faute. Mais, aujourd'hui, la communauté musulmane est fragile, et s'attache à des adjuvants et à des normes. C'est aberrant de réduire une femme musulmane à son foulard ; c'est de l'ignorance. Le foulard n'est pas un objet cultuel, encore moins un symbole de sacré. En outre, cette visibilité est néfaste car, à long terme, cette pratique pose des problèmes spirituels et psychologiques aux femmes qui veulent étudier ou travailler. Je n'ai pas le droit de tromper ces jeunes filles. Le problème, c'est que lorsqu'elles enlèvent le foulard, elles arrêtent aussi de prier. Cela dit, je crois que chacun est libre de s'habiller comme il veut, de choisir la lecture de l'islam qui lui convient, même si je ne la partage pas."

Le rôle du politique

SI c'est important que ce genre de voix s'élève au sein des communautés musulmanes, j'estime que c'est un débat qui leur appartient. Moi, en tant que politique, je dois traiter la question du voile en tenant compte du droit fondamental de la liberté d'expression religieuse, des missions d'émancipation et de non exclusion de l'école, des devoirs, aussi, de l'école (suivi rigoureux des cours, règles de vie ensemble, non prosélytisme,..); des richesses de la diversité et du dialogue interculturel pour notre société, du combat pour l'égalité des femmes et des hommes et, dans le cadre de la fonction publique de l'exigence d'impartialité du service rendu à tous les citoyens et citoyennes.

C'est avec ces balises-là que le politique doit réfléchir, se positionner pour, enfin!, légiférer. Légiférer est essentiel aujourd'hui, quand on voit le peu de clarté, les incertitudes juridiques et les tensions que peuvent provoquer certaines décisions. On ne peut laisser la patate chaude aux directeurs d'école ou aux administrations. Evidemment, c'est plus facile à dire qu'à faire dans un pays institutionnellement aussi complexe. Laissons donc le temps à nos Ministres et Parlementaires de débroussailler le chemin, sans rajouter des propos simplistes et lourds de conséquences pour l'ensemble de la société.

lundi 8 février 2010

Rétablir la confiance et sortir de la crise économique et financière

Ce lundi se tenait une réunion de concertation entre le Gouvernement Fédéral et les partenaires sociaux. A cette occasion,Muriel Gerkens, chef de groupe Ecolo-Groen au Parlement fédéral, Georges Gilkinet, Député Ecolo et moi-même, avons lancé un appel au Gouvernement. Un appel pour qu'il soit proactif dans la relance du dialogue social et qu'il amène des propositions et fasse des choix volontaristes pour réguler le système financier, et qu'il oriente l'économie vers des choix plus verts.

Le dialogue social à la belge semble aujourd’hui dans l’impasse. La dernière manifestation syndicale et , de l'autre côté, la campagne « Laissez-nous entreprendre » lancée par les organisations patronales sont l’expression de la cristallisation des points de vue de ces acteurs de la concertation sociale.

L’annonce de licenciements à Opel Anvers, chez AB Inbev ou dans un nombre beaucoup trop élevé d’entreprises de notre pays inquiète légitimement le monde du travail. Les entrepreneurs sont, de leur côté, mis sous pression par le ralentissement de l’économie et par la recherche de profits à court terme de la part des investisseurs financiers. L’incompréhension et la frustration des uns et des autres sont à leur comble… ce qui n’augure pas de perspectives constructives et porteuses par rapport aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux qui sont face à nous.

Pour sortir de la crise, le Gouvernement fédéral ne peut plus se retrancher derrière l’autonomie des partenaires sociaux. Les partis du gouvernement-Leterme ne peuvent plus se complaire dans l’autosatisfaction en rappelant les mesures déjà prises, d’autant plus que les chiffres relatifs au taux d’emploi indiquent, contrairement aux déclarations de la Ministre de l’Emploi, que la Belgique subit davantage la crise que ses voisins directs.

Le Gouvernement fédéral doit prendre l’initiative et mettre sur la table ce lundi, à l’occasion de la nouvelle rencontre avec le Groupe des 10, de nouvelles propositions qui pourront contribuer à rétablir la confiance et poser les bases d’un redéploiement économique à la fois durable, soutenable, social et vert.

Ce retour de la confiance et du dialogue est indispensable en ces temps de crise pour permettre à notre pays de capter les emplois de demain, de répondre au défi climatique et d’assurer la sauvegarde de notre modèle social.

Pour ECOLO, les propositions à mettre en avant sont de trois ordres :

1/ Il importe d’orienter notre économie vers les secteurs du futur, la redéployer pour la rendre moins dépensière sur le plan énergétique, plus respectueuse de l’environnement et des travailleurs, et capable de capter les emplois de demain. Au-delà des discours, trop peu d’actes concrets sont posés en la matière, qu’il s’agisse de formation des travailleurs, de Recherche & Développement ou d’investissement dans les économies d’énergie.

2/ Il importe de changer la gouvernance du secteur de la finance et des entreprises. Les leçons de la crise bancaire et financière doivent être tirées. Les réformes nécessaires et concrètes qui en découlent doivent être appliquées. Le gouvernement tarde trop à agir, comme s’il suivait la conviction des milieux financiers selon laquelle on pourrait en revenir au business as usual sans rien changer sur le fond…

3/ Il convient de remettre la finance au service de l’économie et de l’emploi, plutôt que l’inverse. La crise financière n’est que le résultat de choix irréfléchis, basés sur la recherche de profit maximum en un minimum de temps, quelles que soient les conséquences économiques, sociales ou environnementales. Il faut à présent repartir sur des bases plus saines et rééquilibrer la fiscalité entre travail et capital.

Au-delà de l’enjeu de la reprise du dialogue social, ces priorités doivent guider le Gouvernement belge dans le cadre de la future présidence européenne, dès lors que nombre de ces priorités méritent ou nécessitent une approche coordonnée au plan européen pour la construction d’une Europe plus sociale.

dimanche 24 janvier 2010

Rien de personnel, un film sur la relation contemporaine au travail

La semaine dernière, EcoloBxl a organisé l'avant-première de ce film mordant et intelligent sur les pressions qui peuvent s'exercer au travail. Sujet pourtant pas facile à traiter au cinéma, Mathias Gokalp, le réalisateur, a bien réussi son coup.

Pourquoi avons-nous organisé cette avant-première? L'année 2010 commence malheureusement mal en matière d'emploi : l'affaire Inbev et ensuite la fermeture du site d'Opel montrent combien la crise financière n'a pas fini de faire sentir ses impacts.Sont remises à l’avant-scène les difficiles conditions de l’emploi et du travail dans la société telle qu’elle est aujourd’hui, mondialisée et dont le système économique est dérégulé. Délocalisations, faillites, fermetures d’entreprises, le chômage est en hausse. Or à l’heure où les familles monoparentales augmentent, et où les ménages ont très souvent besoin de deux salaires pour subvenir aux besoins de la famille, la pression sur l’emploi est forte et la place de l’emploi dans le statut social est importante.

Quel droit cela laisse-t-il alors à celui qui a la chance d’avoir un emploi d’exiger qu’il puisse le faire dans de bonnes conditions ? La pression pour accepter une plus grande flexibilité dans les horaires, ou des conditions salariales désastreuses est présente et à côté des demandeurs d’emploi et des exclus du système, il y a des travailleurs pauvres, des travailleurs pressurisés

II faut que chacun puisse prendre plaisir à travailler, mais aussi à s’épanouir dans sa vie « hors travail ».

Bien sûr, aujourd'hui, le contexte de crise ne facilite pas les choses. Nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui sont exclus de tout milieu de travail et ce parfois depuis des années. Il faut que l’on trouve des solutions pour ces personnes :

- développer l’activité et l’emploi (dans les secteurs verts, non marchands…) ;

- arrêter la chasse aux chômeurs… et mettre notre énergie à faciliter l’accès à l’emploi surtout de ces personnes précarisées, par des formations adaptées ou en combattant les pièges à l’emploi ;

- prendre des initiatives qui favorisent la participation à l’activité (l’insertion sociale), parallèlement à que l’insertion professionnelle ;

- et puis, se reposer la question du partage du travail disponible...

Parallèlement, et pour revenir au sujet du film, nombreuses et nombreux sont également celles et ceux qui doivent se contenter du travail qu’ils ont (et entendre le message : si tu n’es pas content, il y en a dix derrière la porte qui attendent). Or, prendre plaisir à travailler, c’est trouver du sens à son travail (savoir à quoi le travail va servir, avoir l’impression d’être utile, savoir ce qui se passe en amont et en aval,…), travailler dans une bonne ambiance, bénéficier du respect de ses collègues,… Il faut donc : - revisiter la définition de « l’emploi convenable » (ou emploi de qualité), notion qui sert de référence pour les employeurs (normes qu’ils doivent respecter), mais aussi aux tribunaux du travail, aux demandeurs d’emploi… Cette définition doit davantage prendre en compte des éléments comme la préservation de l’intégrité physique et psychique de la personne, le respect de la vie personnelle et/ou familiale, le respect du travailleur, une vision plus moderne de la mobilité (trajet domicile-travail), l’organisation des temps partiels (pour laisser la possibilité de le compléter par un autre temps partiel…)

- améliorer la santé et la sécurité au travail, en renforçant les rôles et pouvoirs des différents organes concernés, pour tenir compte de l’évolution des problèmes liés au milieu de travail (harcèlement, stress, reconnaissance et prévention de maladies professionnelles)

- améliorer la qualité des contrats de travail : augmenter le salaire minimum, améliorer les contrats à temps partiel, renforcer le contrôle sur le travail intérimaire, revoir le dispositif « titres-services »…

- développer des politiques du temps novatrices, en ouvrant une grande réflexion sur le sujet, pour qu’il y ait une meilleure conciliation et synchronisation des différents temps sociaux (travail, formation, loisirs, vie privée…) et pour que la question des inégalités face aux tensions temporelles soient abordées (ex : les horaires irréguliers et les horaires imposés sont davantage ceux de personnes peu qualifiées et/ou qui ont des revenus modestes). Il faut oser des changements, pour faciliter et accompagner les temps de transition professionnelle et de formation, pouvoir discuter de ses horaires de travail, mettre des mécanismes en place (comme le plan tandem ou le tutorat) pour partager le travail et l’expérience, promouvoir une gestion locale du temps, renforcer les temps familiaux…

Bref, de nombreux chantiers en perspective, qui demanderont de l’énergie et du temps, mais qui en valent la peine. Une meilleure qualité de travail pour tous, et donc aussi une vie plus équilibrée, sont à ce prix.

Voir la bande annonce du film

dimanche 10 janvier 2010

Les catastrophes environnementales ne connaissent pas de frontières

Dans le journal Le Soir du 2 janvier, j'ai été interpellée par Jan Goossens, Directeur artistique du KVS, sur mes propos lors de mon passage chez Pascal Vrebos. Ci-dessous, ma réponse à Monsieur Gossens. Son interpellation est en pièce jointe.

Cher Jan Goossens,

Si quelqu’un m’avait dit qu’un jour, en tant que co-présidente d’Ecolo, je serais perçue comme une franche-tireuse communautariste, je n’aurais pas voulu y croire ! Et pourtant, je ne peux le nier, les propos que j’ai tenus lorsque j’étais l’invitée sur RTL ont suscité l’étonnement, l’émoi, voire la colère de certains. Tel n’était évidemment pas mon objectif et certainement moins encore d’attiser la polémique communautaire.

Par la présente, je voudrais, tout d’abord, vous remercier pour votre interpellation toute légitime vu le ramdam médiatique qui a suivi mes propos. Vous remercier car votre interpellation appelle à la réflexion et au dialogue et me permet dès lors de clarifier mes intentions et mes paroles.

Me croirez-vous si je vous dis qu’à la lecture de votre lettre, j’en ai approuvé quasi la totalité des propos ? Je voudrais donc vous rassurer aussi bien sur la volonté des représentants écolos de votre génération - dont je fais partie- d’être perpétuellement sur la voie du dialogue communautaire que sur la vision globale et systémique que nous tentons, entre Verts, d’adopter dans chacune de nos prises de positions et dans chacune de nos actions. Notre travail avec Groen !, à la Chambre et au Sénat, et bien sûr en Région Bruxelloise, à différents niveaux de pouvoir et dans diverses instances en est la confirmation. Comme Secrétaire Régionale d’Ecolobxl, j’ai personnellement participé de façon active à la mise sur pied d’actions et de réflexions communes avec Groen ! entre 2007 et 2009, qui ont notamment abouti à 56 propositions communes Ecolo-Groen ! pour la Région Bruxelloise. J’ai également organisé, dans le cadre de ce même mandat, une journée de réflexion sur la multi-culturalité de Bruxelles en y insistant, aux côtés des dimensions internationales de notre Région, sur l’identité bilingue de Bruxelles qui doit être valorisée. Monsieur Christmann y était d’ailleurs venu représenter le KVS à une table ronde sur les réponses que le politique pouvait/devait apporter aux acteurs de terrain œuvrant à plus d’inter-culturalité à Bruxelles.

Aujourd’hui, je suis co-présidente d’Ecolo. La confiance que le parti, au travers de ses membres, de ses élus et de son autre coprésident, m’a accordée en me confiant ce mandat, est évidemment très importante. Cette confiance est notamment basée, je pense, sur mon exigence quotidienne et ma conviction profonde que le dialogue et l’écoute de l’autre constituent la seule voie pour obtenir des solutions durables aux problèmes et aux conflits.

Mais s’il faut pouvoir écouter l’autre, il faut également pouvoir dire les choses, exprimer son point de vue et être entendu. Cela signifie qu’il y ait quelqu’un prêt à entendre, bien sûr, mais cela signifie aussi qu’il faille être capable de dire les mots justes.

Et là, je le reconnais, le chemin est jonché de pièges, surtout en politique où les enjeux sont multiples et les acteurs divers. L’art de communiquer ne se maîtrise pas en un jour. Et lorsque parmi d’autres questions sur le dossier de la Senne, à celle du journaliste me demandant si « quand même les médias flamands n’avaient pas exagéré », j’ai répondu par l’affirmative, ma réponse visait évidemment à dénoncer certaines réactions politiciennes ou polémiques qui cherchaient à attiser le conflit entre deux Régions. Il ne s’agissait ni de minimiser la pollution, ni de tenter de communautariser le dossier. Peut-être n’ai-je pas utilisé les bons mots, peut-être n’ai-je pas été assez précise. Quoiqu’il en soit, cela a nourri une polémique qui n’attendait sans doute que d’être alimentée.

Je suis évidemment responsable de mes paroles et de l’effet qu’elles provoquent. Je tiens donc à réaffirmer ici qu’il ne s’agit en aucune manière d’un dossier qui doit être lu d’une manière communautaire mais qu’à l’inverse, les catastrophes environnementales ne connaissent pas de frontière. Tous les niveaux de pouvoirs publics, au-delà des frontières des Régions et des Communautés, doivent s’unir, se concerter et collaborer pour assurer un maximum d’efficacité dans la lutte contre les effets ravageurs de telles pollutions. C’est parce que cela n’avait pas été compris, probablement à cause d’une maladresse de ma part, que nous avons présenté nos excuses publiques via un communiqué de presse, des excuses qui ont trouvé bien moins de place que la polémique, naturellement.

Par cette réponse à votre interpellation, je voulais vous dire que je suis plus que jamais une militante du dialogue, du vivre ensemble et du droit à la différence, ainsi qu’une porte-parole qui espère être digne d’un parti qui prône depuis toujours le dialogue communautaire et le concrétise au quotidien au travers de son travail permanent avec Groen ! et au travers de son programme institutionnel.

En souhaitant que la Belgique trouve la voie de l’apaisement en 2010 et permette à l’ensemble de ses habitants de vivre harmonieusement.

Sarah Turine Co-présidente Ecolo

Interpellation de Jan Goossens

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