La semaine dernière, EcoloBxl a organisé l'avant-première de ce film
mordant et intelligent sur les pressions qui peuvent s'exercer au travail.
Sujet pourtant pas facile à traiter au cinéma, Mathias Gokalp, le réalisateur,
a bien réussi son coup.
Pourquoi avons-nous organisé cette avant-première? L'année 2010 commence
malheureusement mal en matière d'emploi : l'affaire Inbev et ensuite la
fermeture du site d'Opel montrent combien la crise financière n'a pas fini de
faire sentir ses impacts.Sont remises à l’avant-scène les difficiles conditions
de l’emploi et du travail dans la société telle qu’elle est aujourd’hui,
mondialisée et dont le système économique est dérégulé. Délocalisations,
faillites, fermetures d’entreprises, le chômage est en hausse. Or à l’heure où
les familles monoparentales augmentent, et où les ménages ont très souvent
besoin de deux salaires pour subvenir aux besoins de la famille, la pression
sur l’emploi est forte et la place de l’emploi dans le statut social est
importante.
Quel droit cela laisse-t-il alors à celui qui a la chance d’avoir un emploi
d’exiger qu’il puisse le faire dans de bonnes conditions ? La pression
pour accepter une plus grande flexibilité dans les horaires, ou des conditions
salariales désastreuses est présente et à côté des demandeurs d’emploi et des
exclus du système, il y a des travailleurs pauvres, des travailleurs
pressurisés
II faut que chacun puisse prendre plaisir à travailler, mais aussi à
s’épanouir dans sa vie « hors travail ».
Bien sûr, aujourd'hui, le contexte de crise ne facilite pas les choses.
Nombreuses et nombreux sont celles et ceux qui sont exclus de tout milieu de
travail et ce parfois depuis des années. Il faut que l’on trouve des solutions
pour ces personnes :
- développer l’activité et l’emploi (dans les secteurs verts, non
marchands…) ;
- arrêter la chasse aux chômeurs… et mettre notre énergie à faciliter
l’accès à l’emploi surtout de ces personnes précarisées, par des formations
adaptées ou en combattant les pièges à l’emploi ;
- prendre des initiatives qui favorisent la participation à l’activité
(l’insertion sociale), parallèlement à que l’insertion
professionnelle ;
- et puis, se reposer la question du partage du travail disponible...
Parallèlement, et pour revenir au sujet du film, nombreuses et nombreux sont
également celles et ceux qui doivent se contenter du travail qu’ils ont (et
entendre le message : si tu n’es pas content, il y en a dix derrière la
porte qui attendent). Or, prendre plaisir à travailler, c’est trouver du sens à
son travail (savoir à quoi le travail va servir, avoir l’impression d’être
utile, savoir ce qui se passe en amont et en aval,…), travailler dans une bonne
ambiance, bénéficier du respect de ses collègues,… Il faut donc : -
revisiter la définition de « l’emploi convenable » (ou emploi de
qualité), notion qui sert de référence pour les employeurs (normes qu’ils
doivent respecter), mais aussi aux tribunaux du travail, aux demandeurs
d’emploi… Cette définition doit davantage prendre en compte des éléments comme
la préservation de l’intégrité physique et psychique de la personne, le respect
de la vie personnelle et/ou familiale, le respect du travailleur, une vision
plus moderne de la mobilité (trajet domicile-travail), l’organisation des temps
partiels (pour laisser la possibilité de le compléter par un autre temps
partiel…)
- améliorer la santé et la sécurité au travail, en renforçant les rôles et
pouvoirs des différents organes concernés, pour tenir compte de l’évolution des
problèmes liés au milieu de travail (harcèlement, stress, reconnaissance et
prévention de maladies professionnelles)
- améliorer la qualité des contrats de travail : augmenter le salaire
minimum, améliorer les contrats à temps partiel, renforcer le contrôle sur le
travail intérimaire, revoir le dispositif « titres-services »…
- développer des politiques du temps novatrices, en ouvrant une grande
réflexion sur le sujet, pour qu’il y ait une meilleure conciliation et
synchronisation des différents temps sociaux (travail, formation, loisirs, vie
privée…) et pour que la question des inégalités face aux tensions temporelles
soient abordées (ex : les horaires irréguliers et les horaires imposés
sont davantage ceux de personnes peu qualifiées et/ou qui ont des revenus
modestes). Il faut oser des changements, pour faciliter et accompagner les
temps de transition professionnelle et de formation, pouvoir discuter de ses
horaires de travail, mettre des mécanismes en place (comme le plan tandem ou le
tutorat) pour partager le travail et l’expérience, promouvoir une gestion
locale du temps, renforcer les temps familiaux…
Bref, de nombreux chantiers en perspective, qui demanderont de l’énergie et
du temps, mais qui en valent la peine. Une meilleure qualité de travail pour
tous, et donc aussi une vie plus équilibrée, sont à ce prix.
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