Sarah Turine

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mercredi 25 mai 2011

Violences sexuelles au Congo - Un vibrant appel du Docteur Mukwege à la Communauté internationale et à la Belgique

Ce mardi 24 mai, j'ai assisté, avec une émotion certaine, à la remise du prix de la Fondation Roi Baudouin pour le Développement au Docteur Mukwege, ce célèbre gynécologue congolais, qui a ouvert un service de gynécologie dans le Sud-Kivu, où il a opéré, en onze ans - gratuitement - environ 30 000 femmes, victimes de violences sexuelles avec des lésions génitales extrêmement graves.

Un tel prix permet de remettre sous le feu des projecteurs, une fois de plus (ce n'est effectivement pas le premier prix que reçoit le Docteur Mukwege) une réalité insoutenable : l'utilisation du viol comme une arme de guerre de façon planifiée pour détruire les femmes, les familles et la société toute entière. Cette réalité d'une violence extrême ne peut bien entendu pas être tue, ni omise, et nécessite certainement qu'on la combatte prioritairement.

A cette occasion, le Docteur Mukwege a tenu un discours particulièrement émouvant tant il était vrai, sans détour et fort de ses convictions porteuses de justice et d'humanité. Je vous renvoie au 'carnet de Colette Braeckman qui revient sur ce discours et me permets moi de revenir sur un seul élément qu'il me paraît important de relever en tant que responsable politique.

Docteur Mukwege a exprimé son sentiment contradictoire à la réception de ce prix. D'une part, il a exprimé de la gratitude pour la reconnaissance du travail et du combat qu'il mène, mais d'autre part, il a exprimé une grande frustration liée au fait qu'il préférerait ne pas devoir faire le travail qu'il fait, qu'il préférerait que ces violences n'aient pas lieu et qu'il puisse exercer le métier d'un médecin ordinaire. C'est alors qu'il a lancé un appel à la Communauté internationale et singulièrement à la Belgique, qui a un rôle nécessaire à jouer pour mettre fin ces ignominies qui ont lieu dans le cadre d'un conflit où les enjeux géopolitiques et économiques dépassent largement les intérêts des populations locales.

Je rejoins le Docteur Mukwege sur ce constat. Ce prix n'aura de sens que s'il s'accompagne d'une politique belge proactive pour aider le Congo et les Congolais à mettre un terme à ce conflit et aider à la pacification et la réconciliation dans la Région des grands Lacs.

mardi 28 septembre 2010

Une pétition de Greenpeace pour lutter contre la déforestation au Congo

En mai dernier, durant la campagne électorale, Greenpeace a adressé aux Présidents de partis une motion leur demandant, s'ils participaient au futur gouvernement fédéral de s'engager dans la lutte contre la déforestation au Congo. Dans la suite de cette interpellation, maintenant que les élections ont eu lieu et même si le Gouvernement n'est pas près d'être formé, Greenpeace a rappelé aux responsables politiques l'importance du dossier en leur remettant une pétition ayant recueilli 18829 signatures demandant aux partis politiques de s'engager à lutter contre la déforestation au Congo et en organisant , une table ronde sur le sujet .

L'importance à accorder à la lutte contre la déforestation, notamment au Congo, n'est pas juste un caprice d'environnementaliste. En effet, la déforestation joue un rôle méconnu mais important dans le dérèglement climatique, avec toutes les conséquences dramatiques qui en découlent pour les populations. En outre, la déforestation met en danger les écosystèmes et peut avoir aussi des conséquences dramatiques dans l'érosion des sols,... Enfin, La forêt, au Congo, c'est un lieu et une source de vie pour des milliers de Congolais. La lutte contre la déforestation est donc aussi un enjeu de solidarité internationale.

Voici les trois engagements que Greenpeace nous a demandé de prendre pour la Belgique:

  • Concentrer les fonds consacrés aux forêts congolaises à un développement durable, bénéfique aux populations locales, à l’installation de la bonne gouvernance et au renforcement de la capacité de contrôle des autorités congolaises.
  • Eviter des investissements dans des projets engendrant la destruction irresponsable des forêts congolaises.
  • Faire pression sur le gouvernement congolais pour la protection des forêts intactes en prolongeant le moratoire sur l’attribution de nouveaux permis d’abattage et en l’élargissant aux secteurs des mines, du pétrole et de l’agriculture industrielle.

Lors de la table ronde*, nous avons pu chacun préciser notre position.

J'ai commencé par préciser que ces engagements, s'ils sont importants, ne suffisent pas. En effet, la cause première de la déforestation est bien sûr l'exploitation forestière pour l'exportation du bois et de produits dérivés. Dès lors s'il faut bien sûr agir sur place pour mieux contrôler l'exploitation, combattre le trafic illégal et introduire la gestion durable des forêts, voire les méthodes certifiées (style FSC), il s'agit également d'agir ici, en Europe. L'Europe est en effet le premier importateur mondial de bois et on estime à que le trafic illégal équivaut à 20% du bois vendu au sein de l'Union. Si un premier pas a été fait en juillet avec l'adoption par le Parlement européen d'une résolution interdisant la vente du bois illégalement exploité, accompagnée de mesures de traçabilité et de sanctions, il reste encore à voir si la mise en oeuvre sera efficace (les observateurs sont en effet sceptiques sur les mesures d'accompagnement de l'interdiction proposés par le texte adopté).En outre, bois légal ne veut pas dire bois issu de forêts gérées. Des efforts énormes sont encore à consentir pour renforcer, promouvoir la gestion durable des forêts, via, par exemple, la certification (style FSC).

Au niveau mondial, il reste aussi des efforts importants à faire pour diminuer notre consommation de bois, principalement au travers de la diminution de la consommation de certains produits dérivés comme le papier (En Europe, le taux de consommation de papier et carton recyclé est de 64%, aux USA, il est de 48% et en Chine de 30%).

Parallèlement,la Belgique (et l'Europe) doit agir via ses programmes de coopération au développement. Prioritairement en travaillant au renforcement des communautés locales dans leurs capacités à protéger les forêts. Elles sont au coeur de l'enjeu. Les forêts sont leur lieu et leur source de vie. Les populations locales sont en même temps les premières victimes des conséquences néfastes de la déforestation, et paradoxalement elles contribuent elles aussi partiellement au déboisement : en participant à la coupe illégale, en déboisant pour l'utilisation quotidienne de bois de chauffe ou pour pratiquer l'agriculture itinérante sur brûlis. Un programme de coopération, basé sur une vision systémique et participative, peut aider ces communautés locales 1/ à être mieux outillées pour contrôler les agissements des entreprises et pour faire respecter les contrats (il est très fréquent que les exploitants ne paient pas les indemnités ou les taxes prévues par les contrats d'exploitation) 2/ à mettre en place des alternatives durables à l'utilisation du bois pour la cuisine (notamment via l'utilisation de l'énergie solaire) 3/ à réorienter l'agriculture de façon durable et harmonieuse avec la gestion des forêts 4/ à orienter la gestion des sites d'exploitation forestière vers une gestion durable.

Enfin, la Belgique doit faire pression sur le Congo pour agir dans le même sens, notamment en prolongeant et (en faisant respecter : malgré le moratoire actuel plus de cent nouveaux contrats ont été signés!) le moratoire mis en place en 2002, tant qu'il n'y a pas eu un processus de zonage réellement participatif, mais aussi en exigeant la transparence de la part des entreprises, par exemple en les contraignant à publier leurs chiffres (de bénéfices, d'hectares exploités, de volumes exportés,...).

Ce ne sont que quelques idées de propositions pour un combat de longue haleine mais vital pour les populations congolaises mais aussi pour l'ensemble de la planète. Plus de détails notamment sur le site de Greenpeace qui en a fait un sujet de campagne permanente.

la table ronde* : le MR et le CDnV, qui n'ont pas voulu signer ces engagements, étaient absents. Le PS qui n'a pas voulu signer était néanmoins représenté par le sénateur Mahoux. Ecolo et Groen ont signé et étaient représentés par leurs (co) présidents, moi-même et Wouter Van Besien, le CDH l'Open Vld et la NVa ont également signé et étaient réprésentés par des élus fédéraux actuels ou sortants, notamment Georges Dallemagne (pour le CDH).

lundi 17 mai 2010

Quand les poissons et les requins vivront en paix

Dimanche 16 mai, j'étais conviée au rassemblement de soutien à Gilad Shalit, organisé par l'association "Soutien belge à Gilad Shalit" et le Cercle Ben Gourion. Gilad Shalit c'est donc ce jeune soldat qui a été enlevé par le Hamas il y a près de 4 ans.Il était important pour moi d'être présente à ce rassemblement. Parce que la défense des droits de l'homme est une valeur fondamentale sur laquelle repose le combat démocratique. Et parce que même s'il peut exister de grosses divergences d'opinion politique sur le conflit israélo-palestinien entre Ecolo et une partie de la communauté présente à ce rassemblement, il existe aussi des points de ralliements et des faits sur lesquels nous sommes en accord. Par ailleurs, il est important de maintenir le dialogue, de pouvoir faire la part des choses.

Voici le discours que j'y ai tenu :

{{Le conflit israélo-palestinien pèse de puis trop longtemps, au quotidien, sur les populations d'Israël et des territoires palestiniens. Au delà des divergences politiques ou d'opinion qui entourent ce conflit, il est des faits tout à fait inacceptables et qui doivent être dénoncés et combattus avec force. Le cas triste et célèbre de Gilad Shalit en fait partie. Son enlèvement depuis près de 4 ans, le non respect de ses droits fondamentaux et le fait que tant sa famille que les autorités israéliennes et françaises sont empêchées d'obtenir des informations sur son état de santé est tout à fait inacceptable. En mars dernier, les députés européens ont voté une résolution demandant au Hamas la libération du Sergent Shalit. Si c'est déjà un pas, ce n'est pas suffisant. Il faut continuer de taper sur le clou, mettre la pression maximale pour qu'enfin cette libération ne soit plus que des mots. Et dans le délai, le plus court possible, avant cette libération, nous exhortons le hamas d'accorder au Sergent Shalit les droits et privilèges conformes à la convention de Genève et nous demandons au Hamas d'autoriser le CICR à rendre visite au Sergent Shalit et lui permettre de prendre contact avec sa famille. D'une façon plus générale, nous soulignons l'importance de progresser vers une solution fondée sur l'existence de deux états et souhaitons fortement la reprise des négociations entre Israël et l'autorité palestinienne. Nous insistons sur le fait que des mesures venant de l'ensemble des parties, visant à instaurer un climat de confiance mutuelle seront de nature à créer des conditions favorables pour qu'il n'y ait plus d'enlèvement comme celui de Guilad. Nous exhortons donc les responsables politiques de l'ensemble des parties à aller dans ce sens. pour permettre au Sergent Shalit, à sa famille de trouver une vie digne de ce nom et à l'ensemble des populations israéliennes et palestinienne de croire encore que vivre en paix est possible}}.

En arrivant, j'ai reçu la version française du conte que Guilad Shalit a écrit à l'école quand il avait 11 ans. Un conte racontant l'histoire d'un enfant poisson et d'un enfant requin qui bravent l'interdiction de jouer ensemble formulée par leurs parents, deviennent amis et permettent ainsi finalement que poissons et requin vivent en paix. Elle existe en vidéo

Belle métaphore évidemment de la part d'un enfant vivant dans un pays menacé perpétuellement par la guerre. Evidemment, en choisissant un poisson et un requin dont on sait pertinemment bien, quand on est adulte, que dans la chaine naturelle, l'un est le prédateur de l'autre et l'on ne peut y changer,cette métaphore peut être renversée et tomber dans le fatalisme. MAis de la part d'un enfant, le message est fort. Passons au-delà des préjugés que l'ancienne génération nous transmet parce que, plus fort que nous, nous aspirons à la paix et au dialogue avec celui qui est considéré comme notre ennemi. Quelle ironie du sort que cet enfnat-là soit pris au piège d'un ennemi qui est allé dans le sens inverse de l'espoir de Guilad et qui a radicalisé les tensions. Néanmoins, je garde précieusement ce conte qui, avec la candeur et la naïveté enfantines, nous permet néanmoins d'attiser l'espoir qu'une paix est possible.