En mai dernier, durant la campagne électorale, Greenpeace a adressé
aux Présidents de partis une motion leur demandant, s'ils participaient au
futur gouvernement fédéral de s'engager dans la lutte contre la déforestation
au Congo. Dans la suite de cette interpellation, maintenant que les élections
ont eu lieu et même si le Gouvernement n'est pas près d'être formé, Greenpeace
a rappelé aux responsables politiques l'importance du dossier en leur remettant
une pétition ayant recueilli 18829 signatures demandant aux partis politiques
de s'engager à lutter contre la déforestation au Congo et en organisant , une
table ronde sur le sujet .
L'importance à accorder à la lutte contre la déforestation, notamment au
Congo, n'est pas juste un caprice d'environnementaliste. En effet, la
déforestation joue un rôle méconnu mais important dans le dérèglement
climatique, avec toutes les conséquences dramatiques qui en découlent pour les
populations. En outre, la déforestation met en danger les écosystèmes et peut
avoir aussi des conséquences dramatiques dans l'érosion des sols,... Enfin, La
forêt, au Congo, c'est un lieu et une source de vie pour des milliers de
Congolais. La lutte contre la déforestation est donc aussi un enjeu de
solidarité internationale.
Voici les trois engagements que Greenpeace nous a demandé de prendre pour la
Belgique:
- Concentrer les fonds consacrés aux forêts congolaises à un développement
durable, bénéfique aux populations locales, à l’installation de la bonne
gouvernance et au renforcement de la capacité de contrôle des autorités
congolaises.
- Eviter des investissements dans des projets engendrant la destruction
irresponsable des forêts congolaises.
- Faire pression sur le gouvernement congolais pour la protection des forêts
intactes en prolongeant le moratoire sur l’attribution de nouveaux permis
d’abattage et en l’élargissant aux secteurs des mines, du pétrole et de
l’agriculture industrielle.
Lors de la table ronde*, nous avons pu chacun préciser notre position.
J'ai commencé par préciser que ces engagements, s'ils sont importants, ne
suffisent pas. En effet, la cause première de la déforestation est bien sûr
l'exploitation forestière pour l'exportation du bois et de produits dérivés.
Dès lors s'il faut bien sûr agir sur place pour mieux contrôler l'exploitation,
combattre le trafic illégal et introduire la gestion durable des forêts, voire
les méthodes certifiées (style FSC), il s'agit également d'agir ici, en Europe.
L'Europe est en effet le premier importateur mondial de bois et on estime à que
le trafic illégal équivaut à 20% du bois vendu au sein de l'Union. Si un
premier pas a été fait en juillet avec l'adoption par le Parlement européen
d'une résolution interdisant la vente du bois illégalement exploité,
accompagnée de mesures de traçabilité et de sanctions, il reste encore à voir
si la mise en oeuvre sera efficace (les observateurs sont en effet sceptiques
sur les mesures d'accompagnement de l'interdiction proposés par le texte
adopté).En outre, bois légal ne veut pas dire bois issu de forêts gérées. Des
efforts énormes sont encore à consentir pour renforcer, promouvoir la gestion
durable des forêts, via, par exemple, la certification (style FSC).
Au niveau mondial, il reste aussi des efforts importants à faire pour
diminuer notre consommation de bois, principalement au travers de la diminution
de la consommation de certains produits dérivés comme le papier (En Europe, le
taux de consommation de papier et carton recyclé est de 64%, aux USA, il est de
48% et en Chine de 30%).
Parallèlement,la Belgique (et l'Europe) doit agir via ses programmes de
coopération au développement. Prioritairement en travaillant au renforcement
des communautés locales dans leurs capacités à protéger les forêts. Elles sont
au coeur de l'enjeu. Les forêts sont leur lieu et leur source de vie. Les
populations locales sont en même temps les premières victimes des conséquences
néfastes de la déforestation, et paradoxalement elles contribuent elles aussi
partiellement au déboisement : en participant à la coupe illégale, en
déboisant pour l'utilisation quotidienne de bois de chauffe ou pour pratiquer
l'agriculture itinérante sur brûlis. Un programme de coopération, basé sur une
vision systémique et participative, peut aider ces communautés locales 1/ à
être mieux outillées pour contrôler les agissements des entreprises et pour
faire respecter les contrats (il est très fréquent que les exploitants ne
paient pas les indemnités ou les taxes prévues par les contrats d'exploitation)
2/ à mettre en place des alternatives durables à l'utilisation du bois pour la
cuisine (notamment via l'utilisation de l'énergie solaire) 3/ à réorienter
l'agriculture de façon durable et harmonieuse avec la gestion des forêts 4/ à
orienter la gestion des sites d'exploitation forestière vers une gestion
durable.
Enfin, la Belgique doit faire pression sur le Congo pour agir dans le même
sens, notamment en prolongeant et (en faisant respecter : malgré le
moratoire actuel plus de cent nouveaux contrats ont été signés!) le moratoire
mis en place en 2002, tant qu'il n'y a pas eu un processus de zonage réellement
participatif, mais aussi en exigeant la transparence de la part des
entreprises, par exemple en les contraignant à publier leurs chiffres (de
bénéfices, d'hectares exploités, de volumes exportés,...).
Ce ne sont que quelques idées de propositions pour un combat de longue
haleine mais vital pour les populations congolaises mais aussi pour l'ensemble
de la planète. Plus de détails notamment sur le site de Greenpeace qui en a
fait un sujet de campagne permanente.
la table ronde* : le MR et le CDnV, qui n'ont pas voulu signer ces
engagements, étaient absents. Le PS qui n'a pas voulu signer était néanmoins
représenté par le sénateur Mahoux. Ecolo et Groen ont signé et étaient
représentés par leurs (co) présidents, moi-même et Wouter Van Besien, le CDH
l'Open Vld et la NVa ont également signé et étaient réprésentés par des élus
fédéraux actuels ou sortants, notamment Georges Dallemagne (pour le CDH).