J'ai écouté avec une attention certaine Philippe Moureaux (qui est
quand-même mon bourgmestre) mardi matin sur l'antenne de la première. J'ai
souri quand il a reconnu à Ecolo le droit d'être de gauche, mais une gauche
un peu élitiste qui a participé de cette attaque contre l'assistanat; pour
reprendre ses mots.
Selon lui, si on attaque l'assistanat, on est donc élitiste et l'on met à
mal le social...
Selon moi, et selon Ecolo, on peut tout à fait être social et sans aucun
doute de gauche tout en dénonçant les dérives de l'assistanat. Etre de gauche,
c'est être pour un Etat assez fort pour avoir les moyens de donner les mêmes
chances à tous et préserver la solidarité entre tous. C'est donc un
Etat qui régule et un Etat qui redistribue les richesses de
façon solidaire et équitable. Mais, pour moi c'est aussi un Etat qui
redistribue le pouvoir de décision entre tous, c'est un Etat
démocratique, participatif. C'est donc un Etat qui
émancipe.
Je ne crois pas au projet qui vient d'en haut pour le bonheur d'en bas, je
crois que le bien-être est lié à la dignité et que la dignité est liée à la
fierté de sentir qu'on a une place et un rôle à jouer dans la société.
Je crois également que la réussite durable d'un projet n'est possible que
par l'adhésion d'un maximum d'acteurs, même s'il faut un peu plus de temps pour
informer, sensibiliser, voire convaincre et même si le projet peut évoluer
avant même sa mise en place, car on n'a jamais raison tout seul.
Evidemment, au niveau d'un projet de société, tout cela peut paraître être
de vains mots. A partir de quand une démocratie est-elle réellement
participative? Comment gérer le dilemme quand l'urgence à parer est telle que
les rustines à placer ne laissent plus de moyens pour la réforme à long
terme?
Cette question, je l'ai aussi entendue lorsque je travaillais chez Oxfam, à
propos du travail d'aide humanitaire. Quand il y a une catastrophe naturelle,
ou une guerre, les premières victimes sont toujours les personnes les plus
faibles, les plus démunies. L'aide d'urgence doit permettre aux victimes de
survivre, tout simplement survivre : médicaments, eau, nourriture, toit.
Néanmoins, une fois la toute première aide d'urgence arrivée, une fois la
survie assurée, l'aide humanitaire est aussi celle à la reconstruction de ce
qui a été détruit. Et au sujet de cette étape, toute une réflexion était menée
chez Oxfam et chez d'autres ONG, professionnelles de l'aide humanitaire, pour
voir comment "profiter" de cette étape de reconstruction pour renforcer les
victimes dans leur capacité à réagir et à se protéger en cas de nouvelle
catastrophe. C'est ce qu'on appelle, dans le jargon, le "contiguum" :
transformer l'esprit de l'aide humanitaire d'urgence en celui
renforcement des capacités. Ça peut paraître évident, mais
cette nouvelle façon de voir l'aide humanitaire n'est pas toujours bien
acceptée par les bailleurs de fonds qui préfèrent parfois la vision simpliste
qui divise l'aide aux pays en voie de développement en deux secteurs tout à
fait distincts entre l'aide d'urgence d'une part et la coopération au
développement d'autre part.
Quel est le lien avec la politique belge et les différentes gauches?
C'est que tout projet d'action sociale, même d'urgence doit se penser avec
une vision émancipatrice et que l'action sociale même d'urgence, pensée avec
une vision émancipatrice peut donner les outils à la personne non pas seulement
pour survivre, mais bien pour vivre AVEC la société.
Un exemple parmi d'autres : les logements sociaux sont très mal isolés
à Bruxelles. Avec la montée du prix de l'énergie, le gouvernement a d'abord mis
en place un chèque mazout destiné aux plus précarisés pour leur permettre de se
chauffer. C'est une rustine qui n'empêche pas la blessure de suinter. En
attendant, les logements continuent d'être mal isolés et au-delà de la question
financière, il y aussi la question du réchauffement climatique dont les
premières victimes seront aussi les plus démunis.
Il a fallu plusieurs mois, plusieurs années pour convaincre (et il n'est pas
sûr qu'elle soir vraiment convaincue) la Ministre actuelle du logement
qu'investir dans la construction de logements sociaux performants au niveau
énergétique était un enjeu d'émancipation. De même, certains partis d e gauche
continuent de promouvoir la baisse de la taxe sur l'énergie à 6%. Il vaudrait
mieux utiliser les recettes de la TVA à 21% sur le pétrole et les autres
énergies polluantes pour mieux isoler les logements sociaux et rendre vraiment
indépendants du pétrole les allocataires sociaux!
Alors gauche assistant ou gauche émancipatrice? moi j'ai choisi! Bien sûr la
gauche émancipatrice!