Un jour, je suis dans le métro avec mon fils. Sachant lire depuis
quelques mois, il éprouve un malin plaisir à déchiffrer les noms des stations
de métro. A la première station, "Etangs Noirs", il exprime des difficultés à
lire la suite "Zwarte Vijvers", c'est alors que je lui explique que toutes les
indications sont écrites en français et en néerlandais, vu que Bruxelles est
bilingue. Le jeu qui suit est évidemment de deviner ce qui est en français de
ce qui est en néerlandais. C'est alors que nous arrivons à Maalbeek/Maelbeek.
"Dis maman, lequel est en français, lequel est en néerlandais?" Je ne sais plus
ce que je lui ai répondu, mais peu importe. Bruxelles est tellement bilingue
que les deux identités linguistiques ne sont pas toujours séparables, voire
identifiables! C'est Bruxelles, et quelque chose de Bruxelles et des Bruxellois
est profondément et indéfectiblement attaché aux deux identités ensemble, l'une
néerlandophone, l'autre francophone!
Bruxelles au coeur des négociations
Durant ces premières longues semaines de négociations , il m'était difficile
d'exprimer ici mes humeurs au risque de briser la nécessaire discrétion qui
entourait la préformation. Aujourd'hui, c'est une autre phase qui commence, Je
peux dès lors m'exprimer, en prenant un peu de recul, sur les enjeux qui ont
été (et qui seront encore) au centre des discussions.
Et vous l'aurez compris, j'ai envie de parler de Bruxelles. Bruxelles, le
coeur. Le coeur de ces négociations, le coeur de la Belgique. Bruxelles c'est
une multiple capitale,et comme toutes les grandes capitales, c'est une ville
cosmopolite et multiculturelle.
Mais la Bruxelles dont j'ai envie de parler est celle qui est LE lieu de
rencontres entre les cultures germaniques et latines, La Bruxelles bilingue,
(chantée par Brel).
Quand certains minimisent l'importance des cultures francophone et
néerlandophone à Bruxelles en disant que Bruxelles est avant tout multilingue
et que l'on y parle presque autant arabe que français, qu'on y parle plus
anglais que néerlandais, quand d'autres minimisent le rôle des néerlandophones
à Bruxelles en disant qu'ils ne représentent que 5% des Bruxellois, j'ai envie
de leur dire qu'ils se trompent de combat et qu'ils méconnaissent l'identité
bruxelloise.
La région toute entière est imprégnée de bilinguisme. Il ne s'agit pas ici
que des symboles du Manneken Pis, de Bossemans et Coppenolle ou du théâtre de
Toone. Il s'agit aussi ici de toute une frange de la population bruxelloise de
souche, certes âgée, qui s'exprime, non pas (ou non plus) en brusseleer, mais
en bilingue, enchaînant mots français et néerlandais dans une même phrase.
Font-ils partie des 5% de Flamands? des 65% de Francophones? Qu'on aille leur
demander, je ne suis pas sûre qu'ils aient envie d'être classés d'un côté ou de
l'autre. Il s'agit aussi des couples bilingues. Mais aussi et surtout, pour la
majeure partie de la population bruxelloise, il s'agit de l'environnement
marqué par la présence de l'autre langue. Que l'on soit francophone fréquentant
une école néerlandophone, ou inversement, ou que l'on travaille dans une
entreprise ou une association bilingue où chacun s'exprime dans sa langue. Que
l'on prenne un verre au Walvis ou au Belga, que l'on assiste à un spectacle
sous-titré au KVS ou au Théâtre National, que l'on regarde les films au cinéma
en B.O avec sous-titré bilingue , sans compter des initiatives comme le
Kunstenfestivaldesarts, Bruxellesnousappartient-Brusselbehoortonstoe, Jaune
toujours.
Tout cela n'est pas que du vent ni que l'expression volontariste de quelques
doux rêveurs romantiques. C'est l'expression d'une réalité, celle d'un
environnement, d'une ambiance, d'une région bilingue.
Bruxelles, région bilingue à part entière
Certains partis flamands voudraient voir la Région bruxelloise cogérée par
les deux Communautés flamande et française, osant aller jusqu'à reprocher à
celles et ceux qui revendiquent l'autonomisation de la Région bruxelloise de
faire le lit du séparatisme, prétextant que la cogestion permet un lien
indéfectible et que le tout aux Régions tue les liens horizontaux et permet
plus facilement la fin de la Belgique!
Reconnaître Bruxelles comme une région (bilingue) à part entière n'empêche
pas que les Communautés coexistent. C'est vrai que la Flandre a fusionné ses
deux institutions, mais la Wallonie est bel et bien un région à part entière et
les Communautés française et germanophone y jouent un rôle essentiel. Et A
Bruxelles, le rôle que jouent la Communauté Française et la VGC est extrêmement
important.
Mais doit-on pour autant nier le fait bilingue? Doit-on lui mettre des
bâtons dans les roues? Pourquoi n'existe-t-il pas d'écoles bilingues? Pourquoi
les associations doivent-elles choisir leur sexe linguistique?
Il est plus que temps de faire sauter les verrous. S'il est important de
respecter chaque citoyen dans son identité linguistique et de lui assurer ses
droits, surtout quand il appartient à la minorité (flamande à Bruxelles,
francophone dans les communes à facilités de la périphérie de Bruxelles), il
est urgent de favoriser les rencontres, de faire sauter les verrous empêchant
l'organisation de la collectivité bilingue.
Les listes bilingues
Sans doute le premier verrou à faire sauter est celui de la question
électorale au niveau régional.Actuellement, les listes bilingues sont
interdites aux élections régionales. Pour l'instant, chaque électeur doit
choisir son collège, francophone ou néerlandophone. Les élus bruxellois ne
représentent donc qu'une communauté (contre l'autre?). Le Gouvernement se
constitue donc en deux phases simultanées : une majorité francophone se
met en place parallèlement à une majorité flamande. Ensuite ils doivent
co-gérer la région.
SI demain, des listes bilingues sont autorisées, (avec un mécanisme assurant
néanmoins la représentation de la minorité néerlandophone au Parlement et au
Gouvernement), tout le rapport entre les représentants politiques
néerlandophones et francophones en sera changé, car ils seront tous
représentants de l'ensemble des Bruxellois. Ca n'a l'air de rien, mais ce peut
être le début d'une petite révolution copernicienne et tout à fait positive
pour Bruxelles. Moi je vote pour.