Sarah Turine

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lundi 11 octobre 2010

Une prospérité mieux partagée. Avec quelle croissance?

Le 1er octobre, se tenait la première université d'automne d'IEW. Ils avaient choisi le thème de la décroissance. Toute une série d'ateliers ont permis de faire le point sur le thème sous différents aspects : environnement, travail, économie, Nord-Sud, sécurité sociale,... La journée se clôturait par une table ronde politique où les présidents de partis étaient invités à donner leur position sur le sujet. De président de parti, il n'y avait que moi, les autres partis étant représentés par des parlementaires (plus un représentant du Front des Gauches). En effet, même si nous estimons qu'il y a débat sur le vocable "décroissance" et/ou sur ce qu'il recouvre exactement, en tout cas, pour Ecolo, cette question est au coeur de la nécessaire transition écologique de la société,

Limites à la croissance

Effectivement, depuis le début des années '70, il n'y a plus de corrélation entre croissance et niveaux de bien-être dans les pays occidentaux. En outre les limites environnementales de la planète sont dépassées en bien des domaines (Biodiversité, Dérèglement climatique,pollutions,...). AU niveau des émissions de C02, le découplage (entre croissance du PIB et croissance des émissions de CO2) n’a jusqu’à présent pas tenu ses promesses. L’amélioration de l’efficacité énergétique dans la production a été largement compensée par l’augmentation des quantités produites.

Si nous voulons respecter l’objectif du GIEC (augmenter de moins de 2°d'ici 2050), il faudrait, dans un monde en croissance (croissance économique et croissance démographique) améliorer cette efficacité énergétique d’un facteur allant de 20 à 60 d’ici 2050. Un tel objectif est irréaliste, au regard cd tous les progrès que nous avons pu connaître dans le passé. Si ces progrès sont évidemment une condition nécessaire à la pérennité de notre existence sur terre ils ne constituent pas une condition suffisante au vu des enjeux.

Il nous faut donc sortir du « dilemme de la croissance » et refonder les politiques sur une autre définition du bien-être que son identification au PIB Cela ne signifie pas que nous visons en tant que telle la décroissance du PIB , On ne va pas remplacer le dogme du tout à la croissance par celui du tout à la décroissance. Non. Nous entendons tout simplement remettre le PIB à sa juste place : nous visons la décroissance de notre empreinte matérielle et le renforcement de notre prospérité. C'est l'objectif à atteindre et ce qu'il adviendra du PIB doit devenir accessoire.

Un nécessaire changement de paradigme

Mais à l'heure actuelle, il faut toutefois se rendre compte que l’hégémonie du PIB en a fait un instrument à la fois central et insaisissable : il est partout et nulle part dans la mise en œuvre des politiques publiques. Le remplacer, de manière effective, par un indicateur de bien-être plus adéquat est une tâche ardue, qui ne relève pas du décret, mais nécessite un travail collectif de très longue haleine pour éviter les catastrophes. Et ce, notamment en raison du fait que, dans les dispositifs actuels, une série de politiques auxquelles nous tenons, comme au premier chef la sécurité sociale, sont directement dépendantes de la croissance.

En fait, nous sommes face à un problème similaire à celui que nous affrontons en matière de mobilité : Il faut développer les solutions alternatives (transports en commun) avant de combattre de front le problème de la pression automobile (la voiture) et en même temps, la pression automobile est un sérieux frein au développement d'alternatives efficaces, les transports en communs étant coincés dans les embouteillages.

Dans le cas qui nous occupe, il paraît difficile (ou en tout cas politiquement suicidaire) de brider la consommation matérielle privée avant d’avoir mis en place les infrastructures collectives qui prendraient leur relais en termes de sources de bien-être, comme il est difficile de dire qu'on n'a pas besoin de croissance économique pour financer la sécu tant qu'on n'a pas solidement mis en place les alternatives.

Comment opérer la nécessaire connexion entre le développement des indicateurs alternatifs et la critique du PIB ? Autrement dit, comment, et à quel endroit, dans quel dispositif de politiques publiques substituer ces indicateurs alternatifs au PIB pour leur donner une force opérationnelle et les transformer en vecteurs d’orientation de l’action publique, et pas en simples thermomètres des dégâts ?

Quelles alliances nouer pour parvenir à ce but dans un monde et un pays où, même tacitement, le compromis productiviste demeure la norme ? Quelle serait la viabilité de telles politiques menées dans un seul pays à l’heure de l’imbrication complète des économies nationales et de la division internationale du travail ?

L'importance des alliances

Nous avançons sur un fil étroit, dos au mur et face à la catastrophe. Avancer dans ce changement de paradigme de l'organisation économique de notre société, ce n’est pas qu'une question de courage politique, mais aussi de faisabilité technique, de contraintes internationales et de mentalités individuelles (la société de consommation est en effet bien plus solidement ancrée aujourd’hui qu’aux temps de sa contestation la plus rude).

A tous les niveaux, il s'agit de faire avancer la réflexion, d'étayer les propositions et de les tester. Comme le fait Ecolo, comme le fait Etopia dans ses séminaires et publications, comme l'a fait IEW lors de son université d'été, et comme, plus récemment et je me réjouis de voir certains pans des syndicats s'ouvrir à cette question, l'ont fait la CNE et les Mutualités chrétiennes. Car dans ce contexte adverse, nous aurons besoin de toutes les énergies, de toutes les intelligences, de toutes les créativités, de tous les esprits libres pour apporter une réponse collective et socialement partagée à ces questions. Loin d’être seulement régional ou national, ce mouvement doit être, au moins européen, tants nous sentons que c’est à cet échelon que pourront être modifiées les balises qui contraignent actuellement nos marges de manœuvre et de changement.

dimanche 23 mai 2010

Vers une nouvelle prospérité, mieux partagée

C'était le titre de notre congrès de ce dimanche. Malgré le grand soleil estival, la salle était pleine à craquer. Il faut dire que nous avions des intervenants extérieurs de marque : Géraldine Thiry qui fait sa thèse sur les indicateurs alternatifs au PIB, Eva Joly (en vidéo), Guy Fays de la FGTB, Michel Renard (ex-CNE), Benoit Coppée d'Investsud et de la Foire de Libramont, et Christophe Wambersie de l'UCM.

Pour ma part, c'était une grande première puisque c'est à moi que revenait l'honneur de faire le discours de clôture. J'y ai bien entendu critiqué le gouvernement sortant. J'y ai pointé aussi le face-à-face télévisé entre les présidents du PS et du MR. « Difficile de savoir qui était le président du PS, qui était le président du MR… C’était rouge-bleu. Bleu-rouge. Peut-être même déjà violet ». En effet ces deux partis ont voté ensemble des choses inacceptables comme les intérêts notionnels, sans lien avec l’emploi et le développement durable, une pratique qui “coûte“ annuellement, de manière superflue, 4 milliards d’euros.

Changer les indicateurs, réguler la finance, réussir la transition écologique de notre économie, mieux répartir les richesses -en renforçant notamment le financement de la sécurité sociale en faisant participer les revenus du capital- et lutter contre les inégalités, c’est avec ce projet que nous allons aux élections.

Vous pouvez retrouver le texte complet sur le site d'Ecolo. D'ici quelques jours, toutes les interventions s'y retrouveront en vidéo.

lundi 8 février 2010

Rétablir la confiance et sortir de la crise économique et financière

Ce lundi se tenait une réunion de concertation entre le Gouvernement Fédéral et les partenaires sociaux. A cette occasion,Muriel Gerkens, chef de groupe Ecolo-Groen au Parlement fédéral, Georges Gilkinet, Député Ecolo et moi-même, avons lancé un appel au Gouvernement. Un appel pour qu'il soit proactif dans la relance du dialogue social et qu'il amène des propositions et fasse des choix volontaristes pour réguler le système financier, et qu'il oriente l'économie vers des choix plus verts.

Le dialogue social à la belge semble aujourd’hui dans l’impasse. La dernière manifestation syndicale et , de l'autre côté, la campagne « Laissez-nous entreprendre » lancée par les organisations patronales sont l’expression de la cristallisation des points de vue de ces acteurs de la concertation sociale.

L’annonce de licenciements à Opel Anvers, chez AB Inbev ou dans un nombre beaucoup trop élevé d’entreprises de notre pays inquiète légitimement le monde du travail. Les entrepreneurs sont, de leur côté, mis sous pression par le ralentissement de l’économie et par la recherche de profits à court terme de la part des investisseurs financiers. L’incompréhension et la frustration des uns et des autres sont à leur comble… ce qui n’augure pas de perspectives constructives et porteuses par rapport aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux qui sont face à nous.

Pour sortir de la crise, le Gouvernement fédéral ne peut plus se retrancher derrière l’autonomie des partenaires sociaux. Les partis du gouvernement-Leterme ne peuvent plus se complaire dans l’autosatisfaction en rappelant les mesures déjà prises, d’autant plus que les chiffres relatifs au taux d’emploi indiquent, contrairement aux déclarations de la Ministre de l’Emploi, que la Belgique subit davantage la crise que ses voisins directs.

Le Gouvernement fédéral doit prendre l’initiative et mettre sur la table ce lundi, à l’occasion de la nouvelle rencontre avec le Groupe des 10, de nouvelles propositions qui pourront contribuer à rétablir la confiance et poser les bases d’un redéploiement économique à la fois durable, soutenable, social et vert.

Ce retour de la confiance et du dialogue est indispensable en ces temps de crise pour permettre à notre pays de capter les emplois de demain, de répondre au défi climatique et d’assurer la sauvegarde de notre modèle social.

Pour ECOLO, les propositions à mettre en avant sont de trois ordres :

1/ Il importe d’orienter notre économie vers les secteurs du futur, la redéployer pour la rendre moins dépensière sur le plan énergétique, plus respectueuse de l’environnement et des travailleurs, et capable de capter les emplois de demain. Au-delà des discours, trop peu d’actes concrets sont posés en la matière, qu’il s’agisse de formation des travailleurs, de Recherche & Développement ou d’investissement dans les économies d’énergie.

2/ Il importe de changer la gouvernance du secteur de la finance et des entreprises. Les leçons de la crise bancaire et financière doivent être tirées. Les réformes nécessaires et concrètes qui en découlent doivent être appliquées. Le gouvernement tarde trop à agir, comme s’il suivait la conviction des milieux financiers selon laquelle on pourrait en revenir au business as usual sans rien changer sur le fond…

3/ Il convient de remettre la finance au service de l’économie et de l’emploi, plutôt que l’inverse. La crise financière n’est que le résultat de choix irréfléchis, basés sur la recherche de profit maximum en un minimum de temps, quelles que soient les conséquences économiques, sociales ou environnementales. Il faut à présent repartir sur des bases plus saines et rééquilibrer la fiscalité entre travail et capital.

Au-delà de l’enjeu de la reprise du dialogue social, ces priorités doivent guider le Gouvernement belge dans le cadre de la future présidence européenne, dès lors que nombre de ces priorités méritent ou nécessitent une approche coordonnée au plan européen pour la construction d’une Europe plus sociale.