Le 1er octobre, se tenait la première université d'automne d'IEW. Ils avaient choisi le thème de la décroissance. Toute une série d'ateliers ont permis de faire le point sur le thème sous différents aspects : environnement, travail, économie, Nord-Sud, sécurité sociale,... La journée se clôturait par une table ronde politique où les présidents de partis étaient invités à donner leur position sur le sujet. De président de parti, il n'y avait que moi, les autres partis étant représentés par des parlementaires (plus un représentant du Front des Gauches). En effet, même si nous estimons qu'il y a débat sur le vocable "décroissance" et/ou sur ce qu'il recouvre exactement, en tout cas, pour Ecolo, cette question est au coeur de la nécessaire transition écologique de la société,
Limites à la croissance
Effectivement, depuis le début des années '70, il n'y a plus de corrélation entre croissance et niveaux de bien-être dans les pays occidentaux. En outre les limites environnementales de la planète sont dépassées en bien des domaines (Biodiversité, Dérèglement climatique,pollutions,...). AU niveau des émissions de C02, le découplage (entre croissance du PIB et croissance des émissions de CO2) n’a jusqu’à présent pas tenu ses promesses. L’amélioration de l’efficacité énergétique dans la production a été largement compensée par l’augmentation des quantités produites.
Si nous voulons respecter l’objectif du GIEC (augmenter de moins de 2°d'ici 2050), il faudrait, dans un monde en croissance (croissance économique et croissance démographique) améliorer cette efficacité énergétique d’un facteur allant de 20 à 60 d’ici 2050. Un tel objectif est irréaliste, au regard cd tous les progrès que nous avons pu connaître dans le passé. Si ces progrès sont évidemment une condition nécessaire à la pérennité de notre existence sur terre ils ne constituent pas une condition suffisante au vu des enjeux.
Il nous faut donc sortir du « dilemme de la croissance » et refonder les politiques sur une autre définition du bien-être que son identification au PIB Cela ne signifie pas que nous visons en tant que telle la décroissance du PIB , On ne va pas remplacer le dogme du tout à la croissance par celui du tout à la décroissance. Non. Nous entendons tout simplement remettre le PIB à sa juste place : nous visons la décroissance de notre empreinte matérielle et le renforcement de notre prospérité. C'est l'objectif à atteindre et ce qu'il adviendra du PIB doit devenir accessoire.
Un nécessaire changement de paradigme
Mais à l'heure actuelle, il faut toutefois se rendre compte que l’hégémonie du PIB en a fait un instrument à la fois central et insaisissable : il est partout et nulle part dans la mise en œuvre des politiques publiques. Le remplacer, de manière effective, par un indicateur de bien-être plus adéquat est une tâche ardue, qui ne relève pas du décret, mais nécessite un travail collectif de très longue haleine pour éviter les catastrophes. Et ce, notamment en raison du fait que, dans les dispositifs actuels, une série de politiques auxquelles nous tenons, comme au premier chef la sécurité sociale, sont directement dépendantes de la croissance.
En fait, nous sommes face à un problème similaire à celui que nous affrontons en matière de mobilité : Il faut développer les solutions alternatives (transports en commun) avant de combattre de front le problème de la pression automobile (la voiture) et en même temps, la pression automobile est un sérieux frein au développement d'alternatives efficaces, les transports en communs étant coincés dans les embouteillages.
Dans le cas qui nous occupe, il paraît difficile (ou en tout cas politiquement suicidaire) de brider la consommation matérielle privée avant d’avoir mis en place les infrastructures collectives qui prendraient leur relais en termes de sources de bien-être, comme il est difficile de dire qu'on n'a pas besoin de croissance économique pour financer la sécu tant qu'on n'a pas solidement mis en place les alternatives.
Comment opérer la nécessaire connexion entre le développement des indicateurs alternatifs et la critique du PIB ? Autrement dit, comment, et à quel endroit, dans quel dispositif de politiques publiques substituer ces indicateurs alternatifs au PIB pour leur donner une force opérationnelle et les transformer en vecteurs d’orientation de l’action publique, et pas en simples thermomètres des dégâts ?
Quelles alliances nouer pour parvenir à ce but dans un monde et un pays où, même tacitement, le compromis productiviste demeure la norme ? Quelle serait la viabilité de telles politiques menées dans un seul pays à l’heure de l’imbrication complète des économies nationales et de la division internationale du travail ?
L'importance des alliances
Nous avançons sur un fil étroit, dos au mur et face à la catastrophe. Avancer dans ce changement de paradigme de l'organisation économique de notre société, ce n’est pas qu'une question de courage politique, mais aussi de faisabilité technique, de contraintes internationales et de mentalités individuelles (la société de consommation est en effet bien plus solidement ancrée aujourd’hui qu’aux temps de sa contestation la plus rude).
A tous les niveaux, il s'agit de faire avancer la réflexion, d'étayer les propositions et de les tester. Comme le fait Ecolo, comme le fait Etopia dans ses séminaires et publications, comme l'a fait IEW lors de son université d'été, et comme, plus récemment et je me réjouis de voir certains pans des syndicats s'ouvrir à cette question, l'ont fait la CNE et les Mutualités chrétiennes. Car dans ce contexte adverse, nous aurons besoin de toutes les énergies, de toutes les intelligences, de toutes les créativités, de tous les esprits libres pour apporter une réponse collective et socialement partagée à ces questions. Loin d’être seulement régional ou national, ce mouvement doit être, au moins européen, tants nous sentons que c’est à cet échelon que pourront être modifiées les balises qui contraignent actuellement nos marges de manœuvre et de changement.