En janvier, le Conseil communal de Molenbeek a voté (Ecolo y compris) a voté
une motion suite à la situation dramatique à Gaza. Outre la dénonciation de
l’injustice et la violence des combats menés dans cette région du monde, cette
motion pointait également les inquiétudes à avoir sur l’impact de ce conflit
ici à Bruxelles, notamment dans l’intensification des tensions
communautaires.
Sur proposition d'écolo, une des décisions de cette motion était d'inviter
les écoles à organiser des activités oeuvrant au dialogue
interculturel.
Les écoles démunies pour répondre à la nécessité de dialogue
interculturel
Au conseil communal de février, je suis revenue sur le sujet. En effet, des
échos que nous recevons, il semble que le conflit israélo-palestinien soit
devenu l’étendard d’un combat contre l’injustice auquel nombre de jeunes et
moins jeunes de nos quartiers se sont identifiés. Et face à l’expression de
leur sentiment d’injustice, il apparaît que nos écoles et leurs instituteurs
soient démunis d’outils appropriés pour y répondre.
Je vous donne un exemple, parmi d’autres, exemple anecdotique mais qui
exprime le malaise tout à fait justifié que peut ressentir le corps professoral
face à une expression collective qui les dépasse : dans une cour de
récréation, il y a deux, trois semaines de cela, des enfants de 2ème et 3ème
primaire ont commencé à imiter la manifestation du 31 janvier dernier en
scandant « Israël, assassin, la Palestine n’est pas à toi » et se
sont vus affligés d’une punition collective. La justification que les
professeurs ont donné aux enfants « Si vous continuez, on va finir par
dire « les Arabes dehors » ».
Bruxelles fragmentée en quartiers
Au-delà de l’émotion que peut susciter le drame qui se vit au quotidien dans
la bande de Gaza, il est de notre responsabilité politique de s’interroger sur
les raisons qui poussent les populations de nos quartiers à tant s’identifier à
ce conflit en particulier. Et l’on peut aisément comprendre que la question
identitaire et communautaire qui se pose pour les populations arabes et /ou
musulmanes de nos quartiers et le malaise identitaire qui fait balancer les
jeunes entre ici et là-bas soit une des raisons, même si elle n’est pas la
seule.
Des études de plus en plus nombreuses montrent combien Bruxelles est
fragmentée en quartiers et les jeunes, en particulier, sortent peu de leurs
quartiers ou en tout cas fréquentent peu et connaissent peu les autres
quartiers car ils s’y sentent mal à l’aise, voire étrangers. Ils restent donc
non seulement confinés dans leur zone mais également préfèrent se regrouper
selon leur appartenance culturelle, ethnique et/ou du pays d’origine. Et dans
les quartiers plus précarisés, comme Molenbeek en connaît, il semble que cela
soit encore plus marqué.
Le dialogue interculturel, une clé essentielle pour la
citoyenneté
Or peu importe de quels quartiers ils viennent, tous ces jeunes sont
bruxellois et doivent pouvoir avoir les outils pour comprendre leur ville
multiculturelle, pour pouvoir saisir les opportunités de s’y sentir bien et d’y
construire plus tard leur vie, d’y trouver un emploi,…
Au delà de la question de la réussite scolaire, il y a l’enjeu que tous ces
jeunes se sentent appartenir à la même ville. Et que lorsqu’ils sortent du
quartier et qu’ils se retrouvent face à d’autre Bruxellois, issus d’autres
quartiers, avec un autre bagage culturel, religieux, socio-économique et/ou
scolaire, ils ne se sentent pas perdus, ni étrangers.
Pour prendre un exemple concret : quand un enfant, issu d’une famille
d’origine marocaine, de religion musulmane et que tant dans son quartier qu’à
l’école, il fait partie du groupe majoritaire, que cet enfant reste confiné
dans ce quartier où il se sent bien, sans doute aussi parce qu’il a le
sentiment de faire partie du groupe majoritaire et qu’il se sent donc chez lui,
en terre connue, et qu’il n’a pas d’occasion d’être confronté à d’autres
réalités de vies pourtant existantes à Bruxelles, quand cet enfant grandit et
que plus tard, il sort du quartier et se retrouve confronté à d’autres réalités
de Bruxelles où il est loin de correspondre à la majorité, comment peut-il se
sentir chez lui, comment peut-il ne pas être mal à l’aise, s’il n’a jamais pu
sentir, apprendre l’importance de l’interculturalité dans une ville cosmopolite
comme Bruxelles ?
Pour éviter cet effet de ghettoïsation qui, semble-t-il, a tendance à
croître, le politique doit prendre ses responsabilités. Une des pistes, mais
certainement pas la seule, est de travailler avec l’école à l’ouverture à
l’autre et au dialogue interculturel. Mais comme je le disais, malheureusement,
nos professeurs ne peuvent pas porter toutes les missions de la société et ils
n’ont pas nécessairement les outils appropriés pour faire ce travail. Mais des
associations d’éducation permanente, d’éducation à la citoyenneté, existent et
peuvent entrer dans l’école pour les aider. Il faut donc que les pouvoirs
communaux et la Communauté Française prennent des initiatives allant de ce sens
et aident les écoles à entreprendre de telles démarches.