Sarah Turine

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Dialogue interculturel

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lundi 22 mars 2010

Un islam européen multiple et moderne

Voilà plus d'un mois que je n'ai rien posté sur mon blog. A vrai dire, la vie d'une co-présidente est une vie bien chargée et les quelques soirs encore libres, je tente de les garder pour mes enfants, ma famille, mes amis...Et en regardant mon agenda depuis le 8 février dernier, date de mon dernier post sur ce blog, je dois me rendre à l'évidence que deux sujets de société ont occupé le haut du pavé. Le premier touche à l'Islam européen (j'aborderai le second dans un deuxième billet plus tard dans la semaine).

Le foulard sous toutes ses coutures et en tous lieux

Je disais donc l'Islam européen. Avec, en pointe d'iceberg, les multiples interventions et débats sur le foulard, sous toutes ses coutures et en tous lieux : foulard, burqa, voile? Signe religieux, culturel, identitaire? A l'école, quelle règle pour les élèves, et pour les profs? Et dans la fonction publique, et pour des mandataires politiques? Débat complexe qui nécessite de pouvoir entendre les revendications des un-es et des autres, les craintes de part et d'autre.

Question qui suscite de l'intérêt. Bien plus aujourd'hui qu'il y a deux ans encore. Je me souviens qu'en 2007, lors de la campagne électorale de 2007, les questions sur cette partie du programme étaient rares et si j'en parlais d'initiative, ce sujet laissait indifférent. Deux ans plus tard, durant la campagne de 2009, auprès des mêmes publics, l'intérêt était vif, les réactions étaient fortes, avec une peur grandissante du retour du religieux dans la sphère publique (notamment au nom du combat mené par nos aïeuls pour la séparation explicite de l'Eglise et de l'Etat).

Le droit à un Islam européen

Mais si ces craintes doivent être entendues, le débat se doit d'être constructif et il faut être très vigilant qu'il ne tombe pas dans une instrumentalisation de ces craintes au profit d'un combat nettement moins respectable, le combat contre la reconnaissance d'un islam européen. Ainsi quand, en partant de la nomination de Fatima Zibouh par Ecolo au CA du centre pour l'égalité des chances, certains attaquent le fait qu'elle soit voilée et et prétendent, à tort, que derrière son voile, se cache une intégriste, fondamentaliste,rigoriste parce qu'elle aurait participé à la nébuleuse de Présence musulmane et serait une proche de Tariq Ramadan, non seulement, il y a une instrumentalisation du débat sur le voile, qui cherche à faire du voile le symbole du radicalisme, mais en outre, il y a une utilisation malhonnête d'accusations qui sont non seulement fausses mais qui en outre font croire qu'il y a un agenda caché d'un Islam européen menaçant et radical.

Oui, il y a des organisations musulmanes européennes. Il n'y en a pas qu'une, il y en a plusieurs. Comme il y a des tas d'organisations chrétiennes, juives, Mais faut-il nécessairement en avoir peur? Peut-on reprocher à des jeunes et moins jeunes nés ici, dans des foyers musulmans qui se sont construits ici, de s'organiser, de réfléchir ensemble à leur identité, à leur religion, cette religion venue d'ailleurs avec leurs grands-parents et de la faire évoluer dans le contexte européen, belge?

Non seulement, je pense qu'on ne peut pas leur reprocher, mais en outre, je pense que c'est une bonne chose.On le sait, l'Islam du 20ème siècle est traversé par des courants radicaux. En Afghanistan,au Proche Orient,dans le Maghreb. Et ces courants radicaux ont leur succès chez nous aussi. Principalement après d'une population fragilisée, d'ailleurs. Il faut évidemment combattre les radicalismes de tous bords. Mais faisons confiance à nos concitoyens musulmans. Porter le voile n'est pas nécessairement synonyme de radicalisme. Débattre avec ses pairs sur l'Islam européen n'est pas le signe d'une volonté d'islamiser l'Europe. La ou plutôt les communautés musulmanes se questionnent tout autant que nous les Européens non-musulmans (vu que le débat est clivé ainsi) nous nous questionnons sur le sens, les pratiques de la religion dans notre société moderne.

Tareq Oubrou et la voie moyenne

Si, en tant que laïcs, on a sans doute du chemin à faire pour accepter que modernité puisse rimer avec religion, faisons confiance aux croyants pour qu'ils questionnent leurs communautés religieuses sur l'adéquation des pratiques religieuses dans notre société contemporaine et moderne. D'ailleurs, je vous recommande l'interview de Tareq Oubrou, imam à la grande mosquée de Bordeaux qui passera ce mardi 23 mars sur la 2. Militant pour une voie moyenne entre la tradition musulmane et le respect des lois de la République laïque française, il a ainsi défini un concept de double appartenance très original, intitulé " sharia de minorité " qui, selon lui, doit permettre à tous les musulmans européens de concilier d'une part leurs conceptions religieuses et spirituelles et d'autre part les exigences de la sécularisation en vigueur dans les sociétés occidentales.

Pour donner un exemple d'où le mène sa réflexion, voici un court extrait d'une interview faite au journal le Monde le 15 octobre 2009. A la question "Quelle est aujourd'hui votre position sur le port du foulard islamique ?" Tarek Oubrou répond : "Si je voulais être provocateur, je pourrais dire aux femmes : mets ton foulard dans ta poche. Aujourd'hui, je dis que c'est une recommandation implicite qui correspond à une éthique de pudeur du moment coranique. Pour autant, une femme qui ne le met pas ne commet pas de faute. Mais, aujourd'hui, la communauté musulmane est fragile, et s'attache à des adjuvants et à des normes. C'est aberrant de réduire une femme musulmane à son foulard ; c'est de l'ignorance. Le foulard n'est pas un objet cultuel, encore moins un symbole de sacré. En outre, cette visibilité est néfaste car, à long terme, cette pratique pose des problèmes spirituels et psychologiques aux femmes qui veulent étudier ou travailler. Je n'ai pas le droit de tromper ces jeunes filles. Le problème, c'est que lorsqu'elles enlèvent le foulard, elles arrêtent aussi de prier. Cela dit, je crois que chacun est libre de s'habiller comme il veut, de choisir la lecture de l'islam qui lui convient, même si je ne la partage pas."

Le rôle du politique

SI c'est important que ce genre de voix s'élève au sein des communautés musulmanes, j'estime que c'est un débat qui leur appartient. Moi, en tant que politique, je dois traiter la question du voile en tenant compte du droit fondamental de la liberté d'expression religieuse, des missions d'émancipation et de non exclusion de l'école, des devoirs, aussi, de l'école (suivi rigoureux des cours, règles de vie ensemble, non prosélytisme,..); des richesses de la diversité et du dialogue interculturel pour notre société, du combat pour l'égalité des femmes et des hommes et, dans le cadre de la fonction publique de l'exigence d'impartialité du service rendu à tous les citoyens et citoyennes.

C'est avec ces balises-là que le politique doit réfléchir, se positionner pour, enfin!, légiférer. Légiférer est essentiel aujourd'hui, quand on voit le peu de clarté, les incertitudes juridiques et les tensions que peuvent provoquer certaines décisions. On ne peut laisser la patate chaude aux directeurs d'école ou aux administrations. Evidemment, c'est plus facile à dire qu'à faire dans un pays institutionnellement aussi complexe. Laissons donc le temps à nos Ministres et Parlementaires de débroussailler le chemin, sans rajouter des propos simplistes et lourds de conséquences pour l'ensemble de la société.

dimanche 19 avril 2009

Une rencontre riche avec un groupe de femmes - Episode 2

Suite de ma rencontre avec ce groupe de femmes.

Je disais donc quatre moments forts. Je vous ai relaté l'enjeu de l'école. Je voudrais aborder ici la question de l'emploi des jeunes issus de l'immigration et de l'importance du dialogue interculturel.

La question de l'emploi des jeunes

Autre temps fort de cette rencontre lorsqu'on a abordé la question de l'emploi des jeunes. Il s'agit de l'emploi de leurs enfants en fait.

Avec une grande lucidité, et rejoignant ainsi le constat que j'avais déjà entendu de la part de différents acteurs économiques et sociaux, une maman, dépitée, constate : "nos filles trouvent du travail, oui, mais nos garçons pas!". Une autre de rajouter : "C'est comme çà, nos filles sont jolies et sont engagées. Nos jeunes, eux sont victimes du délit de sale gueule".

On ne peut rien redire à ce constat. Sans rentrer dans l'analyse précise de ce qui fait que les jeunes femmes d'origine marocaine (dans ce cas-ci) trouvent du boulot plus facilement que leurs frères, force est de constater qu'elles sont plus appréciées par les employeurs : question de qualification? de comportement? d'acceptation du système? d'intégration?

Si le constat est simple, les causes sont multiples et les réponses à y apporter complexes. Mais pour ma part, j'estime que c'est une des conséquences de la politique d'accueil démunie de vision telle qu'elle a été menée durant ces décennies. Combattre le décrochage scolaire, ne pas considérer les filières techniques et professionnelles comme le lieu pour celles et ceux qui ne réussissent pas dans le général ou pire pour celles et ceux qui ne correspondent à l'élève modèle dans l'enseignement général, reconsidérer à leur juste valeur ces filières techniques et professionnelles qui permettent de former des jeunes à des métiers tout aussi, voire plus, constructifs de la société. Combattre la ghettoïsation de certains quartiers et le repli sur soi de chacune des composantes de notre société multiculturelle. Ce sont quelques-uns des combats à mener pour permettre aux jeunes issus de l'immigration de trouver tout autant du boulot que leurs soeurs

Comme le disait une des femmes : "Ca veut dire quoi intégration? On a l'impression qu'il y a confusion des genres entre "assimilation" et "intégration".

L'importance de la rencontre et du dialogue interculturel

Nous avons ensuite abordé une question qui prend tout doucement de l'ampleur dans la communauté arabe de Bruxelles : l'accueil des personnages âgées issues de l'immigration dans les homes et seigneuries.

Cette question est nouvelle et amène avec elle une série d'autres questions. La coutume qui veut que les familles s'occupent de leurs vieux et les logent a du mal, de plus en plus de mal, à s'accommoder à la réalité socio-économique des familles installées à Bruxelles. Logements trop petits, familles dispersées, emploi du temps trop chargé... De plus en plus de personnes âgées doivent finalement être accueillies dans les homes et seigneuries.

Or, ces personnes âgées, de la première génération, qui sont nées au Maroc (ou ailleurs), y ont parfois vécu jusqu'à l'âge adulte, sont très attachées à leur culture et les homes de chez nous ne sont pas encore adaptés,pas habitués à devoir prendre en compte la diversité culturelle, religieuse,... Du coup, ces vieux, parce qu'il sont coupés de ce qui est leur fondement, parce qu'ils doivent vivre selon un mode auquel ils n'ont jamais été habitués, parce qu'ils n'ont pas accès à un espace pour leurs prières, parce que la nourriture, les horaires, les fêtes ne sont pas les leurs, ils se sentent seuls, perdus. Ils sont tristes, et ils dépriment et leurs familles s'inquiètent.

La solution n'est évidemment pas de créer des homes pour les personnes de confession musulmane. Non, il faut aller vers un modèle interculturel. Un modèle qui fonctionne sur des accommodements raisonnables : des accommodements qui permettent à la personne de se sentir en accord avec son identité culturelle, religieuse,... et qui ne met pas à mal le service pour tous. Tenir compte de la différence de chacun ET de l'intérêt général.

Qu'intégration rime avec compréhension( cum-prehendere : saisir ensemble) et non pas avec assimilation

Le dernier point fort de cette visite tout bientôt dans un prochain billet.

jeudi 16 avril 2009

Une rencontre riche avec un groupe de femmes

Mercredi, Zakia Khattabi (candidate à la 11ème place effective sur la liste régionale) m'a proposé de l'accompagner pour aller parler d'Ecolo avec un groupe de femmes. C'est un groupe d'une vingtaine de femmes, entre 40 et 60 ans, originaires du Maroc, qui se réunissent régulièrement pour pratiquer ensemble la lecture du Coran. C'est aussi l'occasion pour elles d'aborder différents sujets de société et d'organiser certaines activités. Ainsi, à l'approche des élections, elles ont décidé de s'informer sur les programmes des différents partis et c'est dans ce cadre que nous avons été invitées, Zakia et moi.

La durée de cette rencontre était d'une heure et quart. Nous sommes restées plus de deux heures! Et nous serions bien restées encore tant le débat était enrichissant!

Quatre moments forts

En repensant à cette rencontre, je retiens quatre moments forts:

L'enjeu de l'école

Quand on a évoqué le constat d'un système scolaire totalement inégalitaire où des écoles d'élites côtoient des écoles poubelles; quand on a évoqué le fait que les jeunes qui sortent d'une école poubelle et arrivent tout fiers avec leur diplôme en poche sur les bancs de l'université, se rendent compte alors qu'il n'ont pas les mêmes outils que celles et ceux qui sortent d'une école d'élites ; quand on a parlé du décret mixité qui avait pour but de mettre fin au choix arbitraire des écoles sur les élèves à inscrire et du fait que ce décret avait en fait placé la discrimination au niveau des files (car, finalement, qui a les moyens de faire les files? Les parents d'enfants déjà inscrits dans les écoles d'élites); j'ai senti que ce n'était pas que des mots, mais qu'en face de moi, ces mamans, toutes, à des degrés divers, avaient vécu l'inégalité du système.

Leur cri du coeur : On peut améliorer le système d'inscriptions, mais avant toute chose, il faut donner les moyens adéquats aux écoles pour que toutes offrent un enseignement de qualité!

Evidemment! Mais cela ne suffit pas. Car la mixité des profils d'élèves (mixité socio-économique, culturelle,....) est fondamentale. L'ouverture à l'autre fait partie des enjeux de la construction d'une société plus juste et plus égalitaire. Et donc la rencontre de l'autre au sein de l'école fait partie de l'apprentissage de la société.

Pour allier qualité et mixité, Ecolo préconise, notamment, que le critère de discrimination positive, qui permet à une école de toucher des moyens supplémentaires ne soit plus attribué en fonction de la situation socio-économique du quartier (ce qui est le cas aujourd'hui. Les écoles à discrimination positive sont dans les quartiers défavorisés et accueillent les enfants du quartier, les mêmes qui, bien souvent, se voient refuser l'accès d'écoles d'autres quartiers plus "élitistes" . En effet ces écoles de quartiers socio-économiquement plus favorisés ne touchent pas de moyens supplémentaires et donc n'ont pas intérêt à prendre des enfants dont le profil pourrait faire penser qu'ils auront des difficultés scolaires). Ecolo préconise que ce critère de discrimination positive soit attribué en fonction du profil socio-économique de l'élève. Toutes les écoles auraient donc intérêt à accueillir des enfants au profils moins élitiste et pourraient bénéficier de moyens supplémentaires au prorata du nombre d'élèves ayant un profil socio-économiquement faible. Cela créerait nécessairement de la mixité tout en continuant à attribuer les moyens supplémentaires pour les élèves qui en ont le plus besoin et donc à permettre d'améliorer la qualité et le soutien scolaire.

D'autres propositions existent comme ouvrir l'école à d'autres métiers que le métier strict d'instituteur. Cela permettrait d'alléger la charge qui pèse sur les épaules de l'enseignant . Celui-ci est en effet bien souvent confronté à devoir résoudre des problèmes qui dépassent largement le cadre de l'apprentissage scolaire, et ces problèmes peuvent avoir un impact sur le suivi scolaire de l'élève (problème sociaux, problèmes familiaux, problèmes économiques, problèmes culturels,...). C'est bien sûr, les métiers de logopèdes, éducateurs, puéricultrices, médiateurs,... mais aussi les associations d'éducation à la citoyenneté, au dialogue interculturel, à la santé,....

Les trois autres moments forts dans les discussions avec ce groupe de femmes sont les suivants :

La question de l'emploi des jeunes

L'importance de la rencontre et du dialogue interculturel

L'importance de la sensibilisation aux gestes quotidiens aidant à un développement durable ET de la prise en compte des réalités de certaines contraintes à la mise en pratique de ces gestes

j'y reviendrai plus en détails dans les jours qui viennent .