Suite à l'emballement médiatique autour des questions de sécurité à
Molenbeek, j'ai interpellé le bourgmestre lors du dernier conseil communal . En
effet, les médias se sont concentrés sur la dimensions sécuritaire de façon
injuste et disporportionnée et il a été difficile d'aborder d'autres aspects
beaucoup plus complexe de la réalité de nos quartiers mais qui participent au
sentiment de malaise et d'insécurité. Il me paraissait donc important et
nécessaire que l'on en débatte au conseil communal pour affiner les pistes de
solutions que le pouvoir communal peut et doit mettre en place. Voici
ci-dessous l'essentiel de mon interpellation (le texte complet est en pièce
jointe)
" Suite à l’annonce par une entreprise de son départ de la commune, un
emballement médiatique a mis Molenbeek au cœur de l’actualité. Inévitablement,
nous avons dû constater dans le chef de certains médias, une certaine
simplification de la réalité complexe de notre commune et un focus
disproportionné sur l’unique dimension sécuritaire. Or la délinquance, les
délits et donc l’insécurité semblent diminuer. Néanmoins, le quartier Maritime
dont il est question ici connaît régulièrement et ce depuis longtemps des
tensions que l’on ne peut nier. Ces tensions sont d’ordres multiples :
économiques, culturelles, sociales, sécuritaires,… et touchent également, même
si c’est souvent dans une moindre mesure, d’autres quartiers de la commune et
de Bruxelles. Et ces tensions participent du sentiment de malaise, d’insécurité
et de crainte que certaines personnes peuvent éprouver en traversant, en
travaillant ou en habitant dans ces quartiers.
On sait que la réalité des quartiers comme le quartier maritime est complexe
et les réponses à apporter aux défis qu’ils rencontrent doivent être multiples,
complémentaires, réfléchies dans un plan distinguant les réponses qui porteront
leurs fruits à court, moyen et long terme.
(...)
Je voudrais insister sur trois axes qui me paraissent prioritaires pour la
commune et pour lesquels l’autorité communale a un rôle fondamental à
jouer.
Vivre ensemble
La richesse de la diversité de notre commune est pour l’instant cachée par
une homogénéisation de certains quartiers, de certains lieux de divertissement,
par une intolérance, aussi, de part et d’autre, face à des comportements, des
habitudes de « l’autre ». Les acteurs de terrain et les habitants le
disent, cette intolérance se radicalise dans certains propos, certains
comportements de part et d’autre envers « l’autre » différent, quel
qu’il soit. Et cela, malheureusement, entraîne le renfermement identitaire et
amène un grand nombre à se barricader, physiquement, ou mentalement, de peur de
la rencontre de l’autre. Ce cercle vicieux de l’intolérance, de la peur et du
renfermement sur soi doit être stoppé net. Il s’agit de mettre en place un réel
plan d’action œuvrant au dialogue interculturel et à la construction collective
du quartier par les habitants, les entreprises, les associations, les
travailleurs, les écoles et les pouvoirs publics. Pour éviter le risque
croissant que la cohabitation entre les habitants eux-mêmes, et aussi entre les
habitants et les entreprises, dans ces quartiers ne devienne synonyme de
forteresse dans le ghetto.
La jeunesse
Les taux d’échecs et de décrochages scolaires, de chômage sont
particulièrement élevés parmi nos jeunes. Des études montrent également que
beaucoup de jeunes vivent de façon cloisonnée, se sentant les kings
dans leur quartier mais tellement mal à l’aise en dehors. Ces parcours semés
d’embûches peuvent s’accompagner d’un désarroi légitime et peuvent amener
certains d’entre eux à trouver leur voie dans la colère, l’insoumission et
l’incivilité, voire dans le plus grave des cas la délinquance (heureusement
pour une minorité d’entre eux). Certains autres sont amenés à transformer cette
colère ou ce désarroi en repli sur soi, repli sur certains pans de leur
identité (dont parfois les religions). Et les questions identitaires
lorsqu’elles sont vécues à l’extrême peuvent amener leur lot d’intolérance.
Sur ces différents aspects, la commune a un rôle à jouer. Sur le long terme,
en donnant à ses écoles des impulsions spécifiques dans la lutte contre l’échec
scolaire, l’éducation à la citoyenneté, le dialogue interculturel et
interreligieux, le travail avec les parents et les associations de quartier, la
découverte de l’autre,… De même les associations travaillant avec les jeunes et
avec les parents doivent axer leur programme avec pour objectif l’émancipation
et la rencontre de l’autre pour donner les outils et susciter le désir auprès
des jeunes de participer activement et collectivement à la construction de leur
quartier, de leur commune, de leur Région, qu’ils s’y sentent
« appartenir » au même titre que chaque habitant de la RBC. L’enjeu
de l’appropriation de l’espace public est évidemment au cœur de ces
questions.
L'accueil des entreprises
Enfin, la commune doit mener une politique proactive d’accueil et
d’accompagnement permanent (fidélisation) des entreprises et des commerces dans
notre commune qui ne manque pas d’atouts : c’est une commune proche du
centre-ville, bien desservie par les transports en commun, qui a sur son
territoire le futur plus grand pôle intermodal (gare de l’ouest), une commune
qui regorge d’espaces publics verts et conviviaux, avec une population jeune
aux talents multiples. Et cette question se pose bien au-delà de l’annonce
d’une entreprise de quitter le territoire. Quand on voit le prix des locations
d’espaces commerciaux ou de bureaux à Molenbeek, dont certains semblent avoir
du mal à être loués, il importe de redorer l’image de la commune (et pas
seulement par rapport aux entreprises d’ailleurs), de renforcer le dialogue
avec celles présentes sur le territoire pour identifier les difficultés et y
trouver des solutions.
Si Vivre ensemble, ce n’est pas seulement vivre les uns à côté des autres,
c’est vivre les uns avec les autres. Si l’on veut « re-souder » la
ville avant qu’elle ne se fracture complètement, il est urgent que nous,
acteurs politiques, prenions la mesure de l’enjeu. Sans nous voiler la face,
analyser les faits, accepter de remettre en question, voire en cause, certaines
de nos politiques passées et proposer les mesures qui s’imposent. (...)"
J'ai terminé mon interpellation par une série de questions et propositions
au Collège dont la mise sur pied d’assemblées de quartier regroupant, outré la
commune et les associations et les habitants, les commerçants et entreprises et
travailleurs pour dialoguer, échanger sur les difficultés des uns et des autres
et construire collectivement les solutions. J'ai aussi demandé s'il n'y avait
pas lieu, Deuxièmement, de prendre des initiatives auprès des grosses
entreprises du quartier pour leur proposer que certaines entreprises et
associations locales puissant leur fournir des services (repas du midi,
nettoyage, jardinage stages pour les jeunes, ,…) pour permettre de faire du
lien et de créer de l’activité économique supplémentaire ?
Si le bourgmestre a abondé dans mon sens quant aux constats, il est resté
vague quant aux pistes de solutions, autres que celles qui sont déjà mises en
place, s'appuyant sur les restrictions budgétaires d'une part et sur la
mauvaise volonté de certains acteurs d'autres part. J'ai reconnu que de belles
initiatives existaient comme la maison des cultures ou comme certaines actions
menées par les écoles mais ai insisté sur l'importance que l'ensemble des
politiques menées par la commune répondent aux objectifs d'émancipation, de
mixité, diversité, dialogue et construction collective et que chaque projet,
chaque proposition discuté en collège soit étudiée au regard de ces objectifs.
Je crains malheureusement qu'il reste encore un long chemin avant d'y
arriver.